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Le blog de Pierre Laporte

Blog politique d'informations et d'échanges d'un élu conseiller départemental et maire-adjoint de Tremblay en France en Seine St Denis. Blog basé sur la démocratie participative. Chantier ouvert sur l'avenir de la Gauche.

Un Député socialiste qui souhaite qu' Hollande change de politique (Médiapart)

Publié le 24 Octobre 2013 par Pierre Laporte in Créer une nouvelle force politique à gauche

Mer.23 octobre 2013 Édition du matin

 

Pouria Amirshahi: « Hollande doit changer de chemin »

Par Stéphane Alliès et Lénaïg Bredoux et Mathieu Magnaudeix et La Parisienne Liberee

Député PS, Pouria Amirshahi lance l'alerte et appelle François Hollande à emprunter « un autre chemin », comme les parlementaires à « exprimer » leurs critiques « librement, sans crispation ni énervement ». « On ne peut pas, sauf à s’en expliquer devant le pays, changer d’orientation sans en débattre publiquement, au moins au sein de la majorité. »                                                             

 

Samedi, « sidéré » par le dénouement de l'affaire Leonarda, Pouria Amirshahi a twitté son désarroi : « Les divergences sont devenues trop importantes. Je prendrai le temps de m'expliquer lundi. Un autre chemin. » Le député des Français de l'étranger (Afrique du Nord) a accepté de livrer ses états d'âme à Mediapart, sans toutefois rompre avec la majorité présidentielle.                   

Membre du courant des amis de Benoît Hamon (Un monde d'avance) et du club “écolo-aubryste” de la Gauche durable, il tient à rester optimiste. Mais cet ancien président de l'Unef, aujourd'hui âgé de 41 ans, avertit sérieusement François Hollande : « La culture républicaine et la modernité, c’est apaiser les esprits, pas cultiver les peurs. » Il appelle ses collègues parlementaires à ne plus être dans « l'acquiescement par principe » : « On se contraint, on se contrit, il n'y a plus de débat. » Pour lui, il est encore temps d'éviter une « catastrophe politique » en 2014. À condition que le pouvoir change d'orientation politique.


Samedi, après l’intervention de François Hollande, vous avez exprimé sur Twitter votre volonté de prendre « un autre chemin ». Quel est-il ?

Il faut que François Hollande prenne un autre chemin. Celui qui est pris n’est pas conforme à l’esprit du Bourget, qui était la condition même de la victoire de la gauche. Il faut réfléchir à d’autres choix politiques que des compromis avec une Europe technocratique ou le Medef.             Le gouvernement ne peut pas s’arrêter à chaque fois que quelqu’un le tire par le pantalon pour lui faire part de ses doutes. Mais en tant que parlementaires et responsables politiques, c’est notre devoir d’alerter et de faire des propositions alternatives.

 

Vous en appelez à l’esprit du Bourget. Mais ce discours du lancement de campagne de François Hollande, en janvier 2012, ne dépare pas de la ligne actuelle du ministre de l’intérieur Manuel Valls sur la sécurité et l’immigration…

Non. Pour l’essentiel, la politique de l’immigration menée aujourd’hui est la même qu’avant. Le problème de fond, c’est que ce sujet est, pour des raisons qui me stupéfient, la propriété du ministère de l’intérieur. Penser l’immigration au seul titre de la sécurité est en soi un renoncement. Ce n’est pas au ministère de l’intérieur de définir une politique migratoire. Cela concerne tout le pays, tous les ministères. Quand tout est entre les mains du ministère de l’intérieur, cela donne une vision presque policière, en tout cas paranoïaque de l’immigration.


Pendant la campagne présidentielle, pendant la primaire, les socialistes n’ont pas demandé que le séjour des étrangers ou l’asile reviennent au ministère des affaires sociales comme c’était le cas par le passé.

Non, parce qu’il y a une peur qui part du principe défaitiste que les Français ne sont pas prêts à entendre un autre discours. Je ne le crois pas. D’ailleurs plus on reste sur ce terrain sécuritaire et paranoïaque, plus c’est anxiogène. Cela angoisse les Français et place tout le monde dans des postures de soi-disant fermeté, qui finalement ne règlent rien. En réalité, la gauche ne pense plus l’immigration depuis le 21 avril 2002. Elle est pétrifiée, a peur d’en parler, y compris en termes de générosité ou d’empathie. C’est devenu presque une faute d’être généreux !                                        

Dire que tous les Roms n’ont pas vocation à s’intégrer ou ne veulent pas s’intégrer est un non-sens du point de vue de la gauche et même du récit républicain. Il n’y a pas de corps étranger incompatible. Dans le monde moderne qui est le nôtre, il faut penser les mobilités, les allers et les retours.


La décision de François Hollande sur le cas de Leonarda est-elle dans la lignée de cette vision « paranoïaque et policière » dont vous parlez ? Est-elle le produit de l’impensé de la gauche sur l’immigration ?

C’est une non-solution, un piège pour tout le monde. François Hollande s’inscrit dans un discours politique assez conservateur sur l’immigration, qui est le même depuis dix ans. Il faut que cela change.                                                                                            

Pour moi, l’irresponsabilité, c’est laisser s’accumuler les cas Leonarda les uns après les autres. Il y en aura d’autres, il y en a déjà eu. Il faut poser le vrai problème : est-ce que dans l’espace européen, oui ou non, on accepte la mobilité des personnes ? C’est une question simple. On ne peut pas dire “oui” sauf pour les plus pauvres de Roumanie. Il faut aussi se demander quelle politique de voisinage on veut au sud de la Méditerranée. Il faut que les scientifiques, les universitaires, les étudiants, les artistes, les chefs d’entreprise puissent aller et venir sans entraves.


Mais finalement, on est toujours sur la même divergence au sein du PS entre deux analyses du 21-avril 2002: ceux qui pensent qu’il est survenu parce que la gauche était trop laxiste, ceux qui pensent qu’il est survenu parce que la gauche n’était pas assez à gauche. L’analyse du 21-avril n'est-elle pas le réel impensé du PS ?

Oui, sans doute. De toute façon, il faut une autre politique de l’immigration. Ce n’est pas la peine de jouer avec les peurs ni avec la langue de bois. Quand on dit qu’il faut de la fermeté et de l’humanité, cela ne veut pas dire grand-chose : c’est une posture qui veut contenter deux philosophies. Mais il ne s’agit pas de faire une synthèse pour faire plaisir à tout le monde ! Nous avons un enjeu migratoire nouveau, qui se pose partout en Europe, qui provoque des drames humains épouvantables comme à Lampedusa et qui ne peut pas se régler pas les seules réponses policières. Personne ne peut penser qu’à l’inverse, ce sujet sera réglé sans frontières et sans entraves. La question, c’est comment on régule la mobilité légitime des personnes.                              Dans ce cadre, il faut d’abord définir notre imaginaire européen. On ne peut plus continuer à organiser la concurrence entre nous, à nous exclure les uns les autres, selon l’origine ou le degré de pauvreté. Au contraire, nous avons fait l’Europe pour avancer d’un même pas : ce rêve-là est en train de se déliter peu à peu. Notre responsabilité, c’est de le reformuler. Pourtant, on continue avec une logique européenne qui nous impose de nous faire du mal.

 

 « Chemin punitif »

« On », c’est le gouvernement que vous soutenez !

Oui, c’est pour cela qu’il faut un autre chemin. Il faut comprendre que le compromis qui est passé aujourd’hui avec la technocratie libérale de la Commission européenne ne fonctionne pas, puisque la contrepartie est d’allonger la durée de cotisations et d’assouplir le droit du travail. On nous demande de remettre en cause un modèle social qui est un modèle solidaire, coopératif, au nom duquel on a voulu faire l’Europe. On ne peut pas dire qu’on va sauver notre modèle en le remettant en cause. C’est un non-sens.                                                                                         

Aujourd’hui, le compromis européen ne marche plus. Les citoyens d’Europe n’en veulent plus ou n’y croient plus. Nous devons dire à nos amis européens qu’il faut s’arrêter maintenant. Il faut faire une grande pause. Nous allons dans le mur. Ces politiques de par leur contenu sont désintégratrices : elles fragilisent les entreprises et les ouvriers, de l’agriculture ou de l’industrie, qui ont le sentiment d’une accélération de leur effacement sur la scène de l’histoire.


Mais la réforme des retraites ou l’assouplissement du marché du travail ne sont pas que des demandes de la Commission européenne. François Hollande et Jean-Marc Ayrault sont convaincus de leur bien-fondé !

Oui, mais ce n’est pas ce sur quoi nous avons été élus et ce n’est pas l’engagement pris à partir de la dynamique du Bourget. L’engagement qui a été pris, c’est de renouer avec le rêve français, c’est-à-dire un récit républicain qui tire tout le monde vers le haut, qui assume que la France, sans faire de leçon à qui que ce soit, propose aux autres nations européennes un chemin progressiste et émancipateur. Pas un chemin punitif.                    Quand vous vous présentez à des élections et que vous donnez le sentiment que les élections ne changent rien – ce sont les témoignages que nous recevons dans nos circonscriptions –, alors les citoyens ne votent plus et cela donne Brignoles. Cela peut donner demain la même chose à grande échelle.


Ce n’est pas la première fois que des doutes s’expriment sur l’orientation gouvernementale. Mais comment les membres de la majorité peuvent-ils concrètement changer la politique menée ?

D’abord, en parler. Il faut pouvoir exprimer ses critiques simplement, librement, sans crispation, sans énervement. Il n’y a pas besoin de faire des conférences de presse, de créer du buzz et de l’emballement médiatique. On a vu la semaine passée combien cela pouvait créer de la violence et en même temps de l’éphémère.                                                                                                                

Notre rôle comme parlementaires, c’est d’interroger la pertinence des choix et faire des propositions. Dire que ce que nous avons fait dans l’éducation, en créant 60 000 postes, nous pouvons le faire ailleurs. On ne va quand même pas attendre cyniquement la catastrophe électorale, que tout le monde prédit. On peut encore l’éviter.


Pensez-vous que François Hollande est cynique en se disant que tout cela le mènera à un second tour face à Marine Le Pen en 2017 ?

Je ne suis pas dans la tête de François Hollande. Je ne crois pas du tout qu’il se réveille tous les matins en se demandant comment il va tourner le dos à ses engagements. Il est président de la République, issu d’une volonté très forte, patiemment reconstruite depuis dix ans par des milliers d’acteurs du retour de la gauche au pouvoir. La question est de savoir ce que nous devons aux gens qui nous ont élus. On peut constater qu’il y a des obstacles et que c’est plus compliqué que prévu, mais on ne peut pas, sauf à s’en expliquer devant le pays, changer d’orientation sans en débattre publiquement, au moins au sein de la majorité.

 

 « On se contraint, on se contrit, il n'y a plus de débat »

Cette attitude est souvent justifiée par le fait que la victoire de la gauche ne s’est pas accompagnée d’une victoire idéologique, mais a plutôt bénéficié du seul antisarkozysme. Cette « droitisation » de la société française, qui expliquerait notamment la position actuelle de prudence sur l’immigration, vous paraît-elle être un fantasme ?

Je m’inquiète de la montée de la xénophobie en France, de la violence anti-Roms, islamophobe ou antisémite. Mais est-ce que le courage, c’est dire “Il faut faire avec” ou “Ce n’est pas à l’honneur de notre pays d’accepter cet état de fait” ? C’est notre rôle et notre responsabilité que de dire combien s’en remettre à la violence envers l’étranger est une erreur. La culture républicaine et la modernité, c’est apaiser les esprits, pas cultiver les peurs.

 

L’apaisement, c’est exactement ce sur quoi François Hollande a fait campagne…

Oui, c’est vrai. Il a gagné sur l’idée qu’on ne se saisirait plus de faits divers pour gouverner, qu’on n’agiterait pas l’identité nationale comme théorie politique. C’est avec cet esprit qu’il faut renouer. Il faut cesser de donner le sentiment de s’en éloigner, car cela plonge nos compatriotes dans le désarroi. Les gens sont toujours disponibles pour le changement. Ils le souhaitent.


Cette gauche critique est-elle vraiment crédible alors qu’elle ne parvient pas à démontrer qu’elle est majoritaire dans sa protestation ?

Je comprends que ce ne soit pas facile pour d’autres députés qui sont, comme moi, pris entre la logique de solidarité et leurs convictions. Cela suppose une autre pratique politique. Dire qu'on n'est pas d'accord ne doit pas être un crime de lèse-majesté. Nous, députés, sommes dans l'acquiescement par principe du pouvoir exécutif. On se contraint, on se contrit, il n'y a plus de débat. François Hollande a dit lui-même au début de son quinquennat qu’on ferait deux ans de rigueur, puis trois ans de redistribution. On approche des deux ans, donc soyons prêts pour les trois ans qui suivent.


Comme parlementaire, vous avez une arme : voter contre certaines lois et mettre le gouvernement en minorité. Pour l’instant, vous en parlez entre vous, à la buvette de l’Assemblée, mais vous vous gardez bien d’aller jusqu’au bout !

Je n’ai pas cette impression. Sur beaucoup de sujets, je dis des choses, même si personne ne doit retenir mon nom de famille ! Mais vous mettez le doigt sur le vrai sujet. Pourquoi me suis-je engagé en politique, pourquoi suis-je élu et pourquoi ai-je adhéré à la dynamique électorale de François Hollande ? Parce que je considère que la société est injuste et qu’il faut en changer. Mon problème n’est pas de créer une crise de régime. Si je vote contre à chaque fois, peut-être serai-je en accord avec ma conscience, mais je n’aurai pas réglé le problème de fond.

Sur beaucoup de textes, on ne peut pas faire fi du travail parlementaire, fait par des socialistes, des écologistes et des communistes. Sur la réforme des retraites, il a été utile, je n’ai pas le droit de le nier. L’abstention peut être une position de compromis.

Dire “François Hollande est un méchant”, “Jean-Marc Ayrault est un mou”, “Manuel Valls est un traître” ne sert à rien. Quand Manuel Valls pose aussi brutalement la question de l'immigration ou de la sécurité (il associe d'ailleurs souvent les deux, ce qui pose problème), ça divise la gauche. Lorsque Jean-Luc Mélenchon dit qu'il y a entre lui et le Front national tout un champ qu'il faut abattre, cela divise la gauche. Je n'ai pas envie de dire du mal : c'est du désarroi supplémentaire, ça brise le moral de ceux qui luttent, qui ont peur de perdre leur boulot ou sont en train de le perdre. Je ne peux pas juste dire : “il y a un renoncement”, “je suis la vraie gauche”.  C'est trop facile. 


Quels actes concrets attendez-vous du président de la République dans les semaines à venir ? 

On pourrait décider que, sur les dix grandes lois à venir d'ici la fin du quinquennat, la moitié soit d'origine parlementaire. On est dans un système effarant. Alors que ce pays a inventé la séparation des pouvoirs avec Montesquieu, c'est le gouvernement qui fait la loi, pas le législateur.                  

Trente ans après la marche des Beurs, j'attends aussi un discours fort qui montre que la République française est un modèle qui fonctionne. Ce sont des intégrations réussies.                     

Nous sommes également en plein débat budgétaire. Par orgueil autant que par cohérence, le gouvernement ne changera pas sa feuille de route en cinq minutes. Mais il reste encore trois ans. Pourquoi ne pas mettre les 20 milliards d'euros du CICE (crédit d’impôt compétitivité emploi - ndlr) dans la banque publique d'investissement, ou dans le système judiciaire en train de se déliter, ou dans la transition énergétique ? Pourquoi voter des traités de libre-échange avec les États-Unis et la Corée du Sud alors que nous avons fait une campagne sur le juste-échange ? On ne peut pas dire une chose et faire son contraire. 


En désaccord sur la politique menée, vous sentez-vous toujours à l'aise au PS ? 

Oui car ce que je dis, beaucoup de gens le pensent, au PS, dans le reste de la gauche, dans tout le pays. Il est possible de retrouver une voie vertueuse, positive. Il n'y a pas qu'une seule politique possible. On peut faire autrement : en débattre est la première des nécessités. On sent dans la société un désarroi qui s'installe, des murs qui s'érigent, un sentiment d'impuissance généralisé. Le premier acte, c'est de dire tout cela. Et dans cette démarche, je ne suis pas seul. 

 

 

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