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Le blog de Pierre Laporte

Blog politique d'informations et d'échanges d'un élu conseiller départemental et maire-adjoint de Tremblay en France en Seine St Denis. Blog basé sur la démocratie participative. Chantier ouvert sur l'avenir de la Gauche.

Mon intervention lors de la séance du CG 93 sur le vote du budget

Publié le 8 Juin 2011 par pierre laporte in conseil général

M. LAPORTE.- Monsieur le président, chers collègues, en introduction, ne m'en voulez pas si je mets un peu d'humour dans un débat toujours âpre et difficile.

Je vais vous proposer un quizz sur des citations. Il s'agira pour vous de retrouver les noms des auteurs de ces citations. Parfois, je le dirai parce que ce n'est pas forcément évident. Tout le monde peut jouer !

Premier point : "Que dire de ce budget ? Qu'il ne nous satisfait pas du tout, et je pense qu'il en est de même pour vous, Monsieur le Président, car ce budget est loin de vos ambitions affichées tout autant que des espoirs de notre groupe et des besoins des habitants".

Nos services sociaux craquent face aux besoins des plus précaires ; des coupes, ces dernières années, ont été faites dans la culture, le sport, l'aide aux associations ; l'endettement atteint des niveaux records et nous augmentons la fiscalité.

Un ministre très à droite qui était venu dans ce département l'avait annoncé (vous pouvez déjà chercher) : "La décentralisation Raffarin, c'est plus de responsabilités pour les élus de proximité et plus de facilités pour les électeurs de les sanctionner si leur politique ne les satisfait pas". Il nous faudra donc sanctionner ceux qui imposent une telle politique.

Et d'ailleurs, nos collègues de droite ne sont pas satisfaits de ce budget non plus parce qu'ils trouvent qu'il n'y a pas assez de coupes dans le personnel, les dépenses de fonctionnement, comme indiqué dans le deuxième paragraphe du vœu qu'ils ont déposé ce matin.

Pourquoi une telle situation ? Il faut toujours plus contenir les salaires et réduire les services publics pour donner toujours plus aux actionnaires et à la spéculation financière. Cette dernière année, les entreprises du CAC 40 ont versé 40 Md€ à leurs actionnaires. Total bat des records avec 5 Md€ distribués, qu'il nous pompe régulièrement, vous le savez tous.

Pourquoi des dividendes élevés ? Pour attirer les actionnaires, pardi ! Et que font les actionnaires de leurs dividendes ? Ils les réinvestissent sur les marchés porteurs à court terme en Asie et en Amérique latine, donc toujours plus d'argent accumulé à un pôle.

Je m'arrêterai là pour poser la première question. Qui a dit que cette inégalité entre salaires et dividendes n'était plus supportable ? Qui a proposé au plus fort de sa volonté moralisatrice du libéralisme de répartir les bénéfices en trois tiers : un tiers salaire, un tiers dividendes, un tiers recherche/développement ?

Dans la première partie, il l'a fait au cours d'un dîner de l'UMP où nos collègues de droite n'étaient sans doute pas invités parce qu'ils n'en ont plus la mémoire. Néanmoins, c'était ses propositions donc ce n'est pas un constat propre à mon groupe ou à Pierre Laporte, c'est un constat fait par le président de la République.

Que tire-t-on de ce constat ? On a dit un tiers, un tiers, un tiers… Les dividendes versés représentent 45 % des bénéfices et sont en hausse de 13 % par rapport à l'année précédente. Donc c'est quatre tiers!

Et pendant ce temps, car il y a une liaison avec tout cela, les mêmes groupes licenciaient 70 000 salariés. Et on va bientôt retrouver certains de ces salariés au RSA. Et vous allez nous dire : "On dépense trop pour le RSA et ces pauvres profitent de la situation".

Donc la boucle est bouclée, on voit bien les mécanismes qui engendrent cela et pendant ce temps, qu'est-ce qui crée cela ? Les mécanismes d'exonération de charges qui créent la dette de l'Etat, de modification de la fiscalité (suppression de la TP, du bouclier fiscal, etc.), et je ne parle pas non plus de ce qui nous coûte 36 M€ et qui est absurde, de compensation de ce que les grands groupes ne paient plus (compensation par l'Etat) et, à l'inverse, le transfert des charges de l'Etat sans compensation vers les collectivités. Il y a quand même des choses qui font sens dans tout cela.

La situation du budget est donc complètement liée à ce que je viens de dire avant, elle n'est pas stratosphérique, détachée de la vie économique.

Au nom du déficit de l'Etat, de cette situation, on exerce une pression, un étranglement, l'asphyxie des collectivités pour réduire le nombre de fonctionnaires. L'Etat, de son côté, dit : "On ne remplace plus un sur deux qui part à la retraite" ; cela touche les hospitaliers, la police, les enseignants, donc des secteurs vitaux de la société. C'est comme cela que la richesse nationale ne va plus, par les services, vers la population, et notamment vers les plus défavorisés.

Donc gaspillage des ressources humaines et naturelles, développement des inégalités et de la précarité et mise en danger de la planète. On est dans ce système, il faut en sortir.

La question se pose, une alternative est à la fois possible et urgente. Bien sûr, à droite, on va nous affirmer que la seule voie de salut, c'est celle tracée par le président Sarkozy, même si les Français n'en veulent plus parce qu'ils n'en peuvent plus.

Certains vont même jouer au jeu dramatique des boucs-émissaires : ce sont les étrangers, les immigrés, et même les fonctionnaires. En résumé, une vision terrible de la société où chacun est l'autre, celui-ci est désigné comme le responsable de nos difficultés. On a déjà connu cela en d'autres temps avec les conséquences que cela a eues. Mais on continue.

Je continuerai donc le jeu des citations en vous laissant trouver qui a fait telle déclaration suggérant qu'il n'y a par d'alternative, mais que des alternances de gouvernement sont possibles. Je ne donnerai pas les noms, mais mes camarades pourront les donner en fin de séance : "Nicolas Sarkozy est le représentant d'une droite réformatrice et intelligente avec laquelle la gauche non révolutionnaire peut trouver une grande convergence".

Deuxième citation : "Assumons clairement les mots "compétitivité", "économie de marché" ou "déverrouiller les 35 heures pour permettre aux Français de travailler davantage"". Là, Claude reconnaîtra peut-être l'auteur. En disant cela, je ne veux pas caricaturer, généraliser, mais cela nous pose une question, reconnaissez-le.

Je dirais : que faire ?

Pour le titre de ce paragraphe, mes camarades, ne concourrez pas, ce n'est pas la peine vous n'aurez rien : "Nous voyons tout à la fois que nous sommes placés face à un mécanisme destructeur pour les collectivités locales, et que l'issue se trouve à la fois dans une alternative politique, sociale et écologique dans les élections et dans les luttes, notamment face à la situation faite aux Séquano-dionysiens. Au niveau national, nous sommes d'ardents partisans d'un vrai débat à gauche sur des actes de rupture réelle par rapport au système actuel et nous avons souvent des interrogations sur certaines propositions du Parti socialiste. Au niveau du Conseil général, nous serions à la direction du Département, nous serions confrontés au même mécanisme, mais n'aurions peut-être pas les mêmes réponses. Bien sûr, le champ des possibles se resserre alors que l'urgence sociale grandit".

Nous soutenons vos initiatives, Monsieur le Président, par rapport aux banques, par rapport à ce que l'Etat nous doit, mais si l'action judiciaire est indispensable, l'action avec les citoyens est déterminante. Pour ce budget, vous nous proposez des actions semblables à celles du Val-de-Marne mises en place l'année précédente ; c'est un moyen sur lequel nous pourrons nous accorder, à condition qu'il s'accompagne d'une campagne publique à laquelle participeront les conseillers généraux de gauche (campagne publique d'ampleur).

 

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