Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Le blog de Pierre Laporte

Blog politique d'informations et d'échanges d'un élu conseiller départemental et maire-adjoint de Tremblay en France en Seine St Denis. Blog basé sur la démocratie participative. Chantier ouvert sur l'avenir de la Gauche.

Une analyse intéressante de José Tovar sur l'école

Publié le 5 Avril 2008 par pierre laporte

Quelques réflexions à  propos des luttes pour l'école   Les luttes qui se développent aujourd'hui à travers le pays à partir de l'opposition de nombreux enseignants, lycéens et souvent de parents contre les suppressions massives d'emplois d'enseignants dans l'éducation nationale, les débats qu'elles suscitent sur les conséquences prévisibles de la politique Sarkozy-Darcos en matière d'éducation, mais aussi le manque de débouché politique de ces mobilisations  montrent une fois de plus qu'il s'agit là d'une question de société essentielle, parmi les plus mobilisatrices, qui mériterait un peu plus d'attention et de réflexion de la part de tous ceux qui militent pour l'émergence d'une véritable alternative au social-libéralisme aujourd'hui dominateur à gauche.   1 : Une nouvelle réforme néo-libérale de l'école est en marche. Il y a trois ans exactement un parlement aux ordres votait, malgré l'opposition massive de l'ensemble des acteurs du monde éducatif, une loi d'orientation << pour l'avenir de l'école >> portée par l'actuel premier ministre  dont les deux points phares restent l'instauration du fameux << socle commun des connaissances >> et la promotion du mérite individuel. Elle venait compléter la << loi pour l'égalité des chances <<  votée dans les mêmes conditions en février 2005  à l'initiative du ministre du travail d'alors Borloo, censée apporter une réponse aux problèmes des jeunes de banlieue insurgés quelques mois auparavant, et dont la mesure essentielle consistait à rétablir l'apprentissage à 14 ans... avec le succès que l'on sait. Aujourd'hui, le gouvernement s'est engagé dans une nouvelle série de réformes qui touchent aux fondamentaux du service public d'éducation nationale : Suppression de milliers d'emplois d'enseignants dans le cadre de la politique de réduction du nombre de fonctionnaires de l'état ; Réformes en cours comme celle de l'école élémentaire à partir de la révision  des programmes, ou en préparation comme celles du lycée  à partir de la restructuration des baccalauréats, ou de l'école maternelle suite au rapport Bentolila ;  Préconisations ( pour partie déjà largement mises en OEuvre )  du rapport Attali  destinées in fine à privatiser l'enseignement public (  fin de la sectorisation scolaire ;  autonomie complète des établissements scolaires mis en concurrence entre eux et liberté de recrutement des enseignants par le chef d'établissement ; développer le financement privé des universités ...  );  Rapport dit << livre vert >> de la commission Pochard sur la  redéfinition du métier d'enseignant, véritable provocation contre toute une profession ( fin du statut ; mise en concurrence des enseignants entre eux,  individualisation des rémunérations sur la base des résultats scolaires obtenus... ) La liste n'est pas exhaustive ! Il n'y a rien là de surprenant : dès son élection, Sarkozy avait clairement annoncé la couleur dans sa << Lettre aux éducateurs >> : Ce catalogue de mesures rétrogrades dessinait les contours de ce qu'il nommait lui même une << refondation >> de l'école.  Après la réforme des universités imposée en plein mois d'août, c'est bien d'une véritable révolution dans la conception même du service public d'éducation dont il est question ici.   2 : La << feuille de route >> de l'agenda de Lisbonne. Le conseil européen de Lisbonne de mars 2000 avait décidé de construire, à l'échéance de 2010, << l'économie de la connaissance la plus compétitive et la plus dynamique du monde >> Dans cette optique étaient formulés 13 objectifs dans le domaine de l'éducation qui forment depuis lors la feuille de route de tous les gouvernements de l'union européenne. Des réformes ont été lancées dans la plupart des pays , qui prennent des formes diverses selon les spécificités de chacun, et la France n'est de ce point de vue qu'un exemple parmi d'autres. Mais les objectifs à atteindre sont partout les mêmes. Citons entre autres pour ce qui concerne notre pays: 80% d'une classe d'âge au niveau d'un baccalauréat ( c'était déjà l'objectif de la loi de 1989, mais on sait que la réalité stagne autour de 60% depuis plus d'une décennie ) ; et 50%  au niveau licence ( on est actuellement autour de 35% ).  La plupart des mesures mises en OEuvre aujourd'hui  s'inscrivent dans cette perspective : ainsi de la réforme des  programmes en élémentaire,  destinée en principe à permettre l'accès d'un plus grand nombre d'élèves à la réussite scolaire .  A un autre niveau, c'est le projet de  refonte des baccalauréats professionnels en trois ans accompagnant la disparition programmée des BEP et anticipant sur une refonte globale des baccalauréats  à venir, et  la révision de la carte des formations - en particulier techniques et professionnelles - , notamment à la faveur de la suppression massive de postes d'enseignants ( et d'options enseignées )  dans le 2nd degré  . Bien entendu, ces mesures  vont de pair avec la mise en OEuvre de la politique de baisse du nombre d'emplois publics qu'impose la politique monétaire de la dite union européenne, avec l'exigence de limitation du déficit public annuel à 3% du PIB.  Or, comme le remarque avec pertinence Gilles Alfonsi, l'éducation nationale est le ministère où il existe le plus de possibilités de suppressions d'emplois, vu le nombre de fonctionnaires relevant de ce secteur ( 1,155 million en tout, dont plus de 850 000 enseignants ).[1] Le gouvernement se trouve ainsi confronté à une redoutable contradiction : faire mieux, avec des moyens en baisse. Résoudre l'échec scolaire qui reste de masse ( 150 000 sortants de l'école sans qualification chaque année ! ), tout en faisant passer les suppressions de postes. Cela ne peut se faire qu'en développant un discours démago-populiste en direction des parents et des enseignants. Ainsi par ex :  << travailler plus pour gagner plus >> ( des heures sup remplaçant les postes supprimés ), en finir avec les << privilèges >> ( des enseignants - voyez les horaires, les statuts, etc .) , rétablir la << valeur travail >> et récompenser le << mérite individuel >> ( affectation des << bons élèves >>  de banlieue dans des lycées prestigieux ), rétablir l' << autorité >> de l'enseignant et la discipline à l'école   (  le  retour de la morale dans les programmes ), ce qui permettra d'enseigner dans de meilleures conditions à des classes aux effectifs plus lourds.  Dans le même temps le ministre affiche des ambitions  positives:  retour à des enseignements artistiques dès le premier degré ( il faut bien satisfaire aux exigences d'un électorat de couches moyennes et supérieures pour qui les arts et la culture ont essentiellement une fonction de pacification sociale ), et surtout mise en OEuvre de dispositifs multiples et variés censés apporter une aide spécifique aux élèves en difficulté et désireux de progresser, telles que le développement des  établissements << ambition réussite >> , la mise en place d'heures de soutien aux élèves en difficulté  et  d'études surveillées ( les moyens << supplémentaires  accordés à ce titre étant financés  par la  diminution des heures d'enseignement obligatoires pour tous ! ) etc...  C'est contre les effets les plus immédiatement visibles de cette politique  ( suppressions massives de postes notamment ) que grandit la mobilisation aujourd'hui.  Et même si elles  ne remettent  pas explicitement  en cause les fonctions  assignées à l'école  depuis plusieurs décennies  ( sélection sociale par l'échec  et formation d'une force de travail adaptée aux exigences du capitalisme moderne ), elles ouvrent des perspectives  positives dans le contexte politico-social instable issu des dernières élections municipales et cantonales.   3: Le handicap de l' absence de perspectives. L'échec relatif des stratégies dites de << discrimination positive >> mises en OEuvre - notamment sous la forme des ZEP - depuis près de trois décennies  ( mais sans les moyens à la hauteur des ambitions affichées )  a  abouti à un découragement de bon nombre d'enseignants, qui doutent aujourd'hui de l'éducabilité de tous les élèves et sont de plus en plus favorables à ce que l'orientation vers des filières courtes s'effectue le plus tôt possible dans le parcours scolaire.  Dans ce contexte, l'idéologie utilitariste complaisamment distillée depuis des décennies, tant par la gauche que par la droite, marque aujourd'hui profondément la réflexion, y compris à gauche:  On n'éduque plus, on forme  la << ressource humaine >> que constitue l'individu au service de l'économie.  Ainsi, la question de la pertinence d'enseigner certaines disciplines << trop intellectuelles >> , << trop théoriques >> à certains élèves en difficulté n'est plus une interrogation pour la plupart des enseignants et des parents qui acceptent sans sourciller le dogme des << handicaps socio-culturels >>.  Ainsi, surtout, la question de la nature et des modalités de l'échec scolaire repérable dès l'école maternelle et des mesures à mettre en OEuvre dès ce niveau ne sera pas posée  ( la scolarisation des enfants de deux ans est en voie de disparition sans que personne ne s'en émeuve;  l'école maternelle - non obligatoire - promise à son  remplacement  par des jardins d'enfants jusqu'à l'âge de cinq ans est dans les tuyaux  ... ).  Pourtant, de nombreux travaux menés notamment par des chercheurs en sciences de l'éducation   montrent qu'il est possible de lutter efficacement contre l'échec scolaire  à condition de commencer très tôt - dès l'école maternelle -  et de s'en donner les moyens (notamment en termes de scolarisation précoce des enfants issus de milieux socialement défavorisés et de formation  continue des enseignants ). Mais ces travaux ne font l'objet d'aucune diffusion systématique par l'institution et sont à peine connus des personnels concernés.   Sur la question scolaire comme sur bien d'autres, la relance  de la bataille idéologique trop longtemps délaissée  par les forces progressistes  en parallèle aux luttes pour les moyens permettant de mettre en OEuvre une politique éducative différente est une urgente nécessité.      Mais  force est de constater que l'absence de toute perspective politique alternative à gauche constitue un obstacle essentiel au succès de ces luttes.   En effet, la plupart des propositions de réforme avancées par le gouvernement de N. Sarkozy en la matière  font l'objet d'un consensus entre les  forces de la droite libérale-autoritaire  et celles du social-libéralisme.  Ce qui n'entre nullement en contradiction  avec un soutien plus ou moins formel  du PS aux luttes en cours contre les suppressions de postes ou la révision des programmes de l'école élémentaire.  Mais le soutien global apporté à la politique de l'Union Européenne, y compris en matière éducative,  implique de vivre politiquement avec cette contradiction sans chercher à la dépasser.  Du coup, des batailles  peuvent être gagnées, des annulations  de mesures prévues de  suppressions de postes peuvent être obtenues.  C'est important et il faut tout faire pour qu'il en soit ainsi. Mais au delà de quelques ajustements  dictés par les rapports de force locaux,  ces succès risquent de n'avoir  pratiquement aucune influence sur la politique globale du gouvernement .   Dans le même temps - mais ceci explique cela -  les forces constitutives de la << gauche de la gauche >> sont aujourd'hui dans l'incapacité de porter ensemble dans le débat public et dans les luttes des contre propositions susceptibles d'ouvrir des pistes alternatives et unificatrices, offrant des perspectives crédibles et mobilisatrices favorables au développement même des luttes. Pourtant, des propositions existent,  avancées notamment par les syndicats ou par le réseau école du PCF. Mais faute de s'intégrer dans un projet politique cohérent, elles restent confinées dans des cercles restreints de militants et de spécialistes .   Communistes Unitaires pourrait être un des ferments permettant d'avancer  réellement sur ces deux terrains.  Il faut pour cela passer un cap dans  le développement  de notre association pour lui permettre de développer une réflexion propre, sur ce terrain comme sur bien d'autres,  et de se doter d'un socle doctrinal lui permettant d'intervenir dans le débat politique en étant identifié comme porteuse d'une hypothèse communiste novatrice.   José  TOVAR Le 28 03 08    
Commenter cet article