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Le blog de Pierre Laporte

Blog politique d'informations et d'échanges d'un élu conseiller départemental et maire-adjoint de Tremblay en France en Seine St Denis. Blog basé sur la démocratie participative. Chantier ouvert sur l'avenir de la Gauche.

Le licenciement de Ch Piquet, un mauvais signe

Publié le 30 Mars 2008 par pierre laporte

Licenciement de Christian Picquet : un mauvais signe

 

La direction de la LCR vient de décider d'écarter Christian Picquet de ses fonctions de permanent. Il les exerçait depuis 28 ans, et notamment dans les années 1990 de vache maigre de la Ligue, quand ses effectifs ne dépassaient pas les 600 adhérents. Il se trouve que j'ai justement rencontré Christian au début de ces années-là, dans plusieurs initiatives qui, déjà, réfléchissaient à ce que pouvait être une dynamique franchement à gauche, sortant la gauche de son engluement « réaliste ». Christian a fait alors partie de ceux qui m'ont fait comprendre, à moi qui avait si longtemps « bouffé » du gauchiste et du trotskyste, qu'il n'y avait pas que des nostalgiques de Petrograd et de la Sierra Madre dans la famille trotskyste et qu'une muraille de Chine (pardonnez la comparaison...) ne séparait pas nécessairement les héritiers déchirés du bolchevisme d'hier.

Qu'il soit aujourd'hui licencié est un vilain geste et un mauvais signe. Un vilain geste, dans un univers politique partisan dont j'ai toujours apprécié, peut-être par comparaison avec le mien, qu'il pouvait combiner l'extrême franchise du débat interne et le respect absolu des différences. Un mauvais signe, dans un moment bien particulier de l'histoire politique française. Après une quinzaine d'années de remontée de la critique sociale (depuis 1993-1995), la période 2004-2006 avait ouvert l'espoir que, enfin, la conjonction des forces transformatrices allait briser le déséquilibre dangereux qui pénalisait la gauche depuis le début des années 1980. L'échec de la candidature antilibérale avait déçu cette espérance ; les récentes élections municipales et cantonales ont porté ce déséquilibre à un point jamais atteint. Dans ce moment de montée du bipartisme, certains se sentent en état d'incarner la « vraie » gauche : soit parce qu'ils se définissent comme le « troisième parti de France », soit parce qu'ils estiment pouvoir, autour d'eux, rassembler tous les anticapitalistes.

Du côté de ces ambitions, il ne faudrait pas que l'on donne aujourd'hui le signe d'une fin de partie. Après une phase à la fois créatrice et brouillonne de « mouvement » qui, d'altermondialisme en collectifs antilibéraux, a vu émerger des forces nouvelles plus ou moins en marge du circuit partisan, il ne serait pas bon que l'on laisse entendre qu'il n'est plus temps de jouer, que la main doit revenir aux organisations bien structurées, parlant d'une seule voix. Après la floraison des démarches citoyennes et de « l'autre façon de faire de la politique », le retour à l'ordre des appareils ?

La mise à l'écart de Christian Picquet peut s'interpréter comme l'indice d'une époque où, chacun à gauche du PS campant sur ses prétentions, la seule question qui vaudrait d'être posée serait de savoir qui va regrouper autour de lui le plus grand nombre de forces inorganisées. Bras de fer dérisoire des « petits » entre eux, pendant que le « grand » continue tranquillement son bonhomme de chemin, n'hésitant pas, lui, à valoriser ses conflits internes pour laisser entendre qu'il peut, à lui seul, rassembler toutes les sensibilités de la gauche.

Je suis solidaire de Christian Picquet. Par amitié d'abord, mais aussi par raison politique.

 

Roger Martelli

 

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