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Le blog de Pierre Laporte

Blog politique d'informations et d'échanges d'un élu conseiller départemental et maire-adjoint de Tremblay en France en Seine St Denis. Blog basé sur la démocratie participative. Chantier ouvert sur l'avenir de la Gauche.

Un article de La Tribune confirme l'avancée du bipartisme

Publié le 23 Mars 2008 par pierre laporte in Créer une nouvelle force politique à gauche


Après le texte de JC Lefort, voici l'analyse d'un chercheur du CNRS parut dans La Tribune qui confirme l'avancée du bipartisme c'est une pierre de plus apportée à l'analyse de ce scrutin.
Victoire du bipartisme
La Tribune du 21 mars 2008

La nette victoire socialiste aux élections municipales et cantonales
représente plus qu'un rééquilibrage du rapport gauche-droite en faveur
de la gauche. Par-delà cette victoire se dégage un second enseignement
capital : la vie politique française est désormais entrée dans une
logique bipartite forte, que l'échec du Modem illustre de manière
spectaculaire. Les élections locales sont souvent l'occasion pour les
citoyens d'exprimer leur mécontentement à l'égard du pouvoir en place,
mais ce qui frappe cette fois-ci, c'est la rapidité et la brutalité du
retournement de l'opinion. Une victoire locale ne présage pas
nécessairement une victoire nationale ultérieure. Mais la droite, moins
d'un an après ses victoires de 2007, paraît fragilisée et vulnérable.

Au-delà de l'inversion du rapport des forces gauche-droite, les
scrutins de 2008 confirment les principales tendances du nouveau cycle
électoral amorcé en 2002. Les scrutins présidentiel et législatif de
l'an dernier ont confirmé la résistance victorieuse de la
bipolarisation face à l'offensive de François Bayrou. La défaite du
leader du Modem à Pau symbolise l'échec d'une stratégie qui avait pour
objectif de mettre fin à la structuration du système partisan autour du
clivage gauche-droite. Le Modem n'a quasiment plus de positions
locales. Il n'a pas pu jouer le rôle d'arbitre qu'il ambitionnait. Il
est sans forces notables et sans perspectives politiques claires. Il
apparaît davantage comme une force résiduelle que comme une force
d'avenir. Il n'a pas pu briser le moule de la politique française.

Les scrutins de 2007 avaient également montré une forte tendance au
bipartisme. La fin de l'UDF, la marginalisation du FN à droite, la
faiblesse des Verts, des communistes et de l'extrême gauche à gauche
ont fait de l'UMP et du PS les deux seuls grands partis français. 2008
confirme cette tendance. À droite, la marginalisation du FN s'est
poursuivie et le Nouveau Centre, malgré quelques succès, apparaît
toujours comme un appendice de l'UMP. Sur 627 communes de plus de
15.000 habitants, selon Le Monde, l'UMP en détient désormais 209, les
divers droite 37 et le Nouveau Centre 11. Le Modem, lui, en détient 15.
À gauche, si les communistes ont à peu près maintenu leurs positions,
les Verts n'ont pu concurrencer fortement presque nulle part le Parti
socialiste. Quant à l'extrême gauche, malgré certains scores
significatifs dans les grandes villes, elle demeure faible et
fragmentée. Le Parti socialiste dirige désormais 250 communes de plus
de 15.000 habitants, contre 47 au Parti communiste, 4 aux Verts et 32
aux divers gauche. Ainsi, à eux deux, les deux grands partis dirigent
près des trois quarts de ces communes importantes et la quasi-totalité
des plus grandes d'entre elles.

Réalignement électoral

La tendance au bipartisme, forte au niveau national, semble ainsi
s'affirmer aussi au niveau local, confirmant ainsi l'importance du
réalignement électoral de 2007. Enfin, les élections de 2007, et
particulièrement le second tour de l'élection présidentielle, avaient
montré les progrès de la gauche dans les grandes villes. Ségolène Royal
avait devancé Nicolas Sarkozy dans un grand nombre d'entre elles,
notamment Toulouse, Amiens, Rouen, Caen, Saint-Étienne, Angoulême,
Périgueux, Brive, Blois, Laval, Quimper, toutes villes gagnées par le
Parti socialiste à ces élections municipales.

Les deux grands partis apparaissent à l'issue de cette séquence
électorale 2007-2008 avec des forces et des faiblesses inverses. L'UMP
s'est révélée nettement supérieure à son adversaire socialiste aux
scrutins nationaux, qu'il s'agisse du leader, du programme, de la
campagne ou du lien entre le candidat et son parti. Sa victoire a été
nette, créant un doute sur la capacité du Parti socialiste à revenir
rapidement au pouvoir. D'après les sondages d'opinion, la crédibilité
présidentielle et gouvernementale de ce parti est en progrès, mais elle
demeure encore insuffisante. À la faiblesse nationale du Parti
socialiste répond la faiblesse locale de son principal adversaire. La
création de l'UMP, entraînant la mort de l'UDF, et la résistance
opiniâtre de François Bayrou ont eu un coût. Non pas que cette création
ait constitué une erreur politique. Mais la diversité de la droite
française, l'ancienneté de ses différentes traditions, sa réticence
historique à l'organisation partisane, la disparition enfin d'une
structure de centre droit obligeaient le nouveau parti à accomplir un
gros travail d'intégration et de renforcement. Ce travail reste
largement à faire, comme l'ont montré les élections récentes.

Des bases locales solides

L'UMP a réussi à marginaliser le Front national mais elle a souvent
échoué à occuper le centre. Beaucoup des villes conquises par le Parti
socialiste avaient été des fiefs du centre droit plutôt que du RPR.
L'UMP est bien désormais le parti dominant à droite, mais il a montré
sa difficulté à couvrir tout l'espace du centre à l'extrême droite dans
un grand nombre de villes.

Aucun de ces deux partis ne peut sans danger se satisfaire de sa
situation présente. Contrairement au contenu de certains commentaires,
un parti ne peut demeurer très longtemps un grand parti local s'il
n'est pas un grand parti national, comme l'ont montré jadis le Parti
radical et, plus près de nous, le Parti communiste. Le Parti socialiste
doit donc reconquérir une crédibilité nationale. Inversement, un parti
ne peut devenir ou demeurer longtemps un grand parti national s'il n'a
pas de bases locales solides.

GÉRARD GRUNBERG, DIRECTEUR DE RECHERCHE AU CNRS ET À SCIENCES PO
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