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Le blog de Pierre Laporte

Blog politique d'informations et d'échanges d'un élu conseiller départemental et maire-adjoint de Tremblay en France en Seine St Denis. Blog basé sur la démocratie participative. Chantier ouvert sur l'avenir de la Gauche.

Réflexions sur l'écologie par les communistes unitaires

Publié le 13 Janvier 2008 par pierre laporte in Créer une nouvelle force politique à gauche


Ce document , avec d'autres, est  destiné à nourrir la réflexion avant leur journée d'études


Ecologie et anticapitalisme
Acquis et limites du mouvement écologique
mercredi 10 septembre 2003
Les trois écologies
 

L’écologie a des significations radicalement différentes selon l’utilisation politique qui en est faite. Plutôt que de vouloir rassembler des stratégies antagonistes, elle doit se scinder au contraire en 3 tendances contradictoires.

1. L’écologie fondamentaliste et réactionnaire, dont le mot d’ordre est "respectons les lois de la nature" reprend les argumentations des droites traditionnelles (légitimistes, royalistes, autoritaires, fascistes) sur l’ordre naturel, inégalitaire, la division des fonctions, la ségrégation des populations, l’hygiénisme, le biologisme et la normalisation. La liberté humaine y représente le mal absolu contre la loi naturelle et contraignante d’une harmonie originelle et non discutable.

2. L’écologie environnementaliste libérale et centriste dont le mot d’ordre est "la qualité de la vie" se réduit à préparer les futures industries de l’environnement, l’intégration de la gestion des déchets de l’économie et la sauvegarde de parcs de loisirs, d’ensembles touristiques, de musées d’espèces rares, destinées aux cadres privilégiés d’un capitalisme sauvage qui sait qu’il doit séduire, par l’artifice d’une nature reconstituée, les meilleurs diplômés assurés qu’il pourront profiter idéalement des avantages matériels qu’on leur fait miroiter (la Vraie Vie !) et d’une liberté naturelle garante de prospérité. Pour le libéralisme, la liberté est instrumentalisée, ravalée au rang de moyen pour le marché. Liberté du plus fort et loi du possédant.

3. L’écologie-politique enfin dont le mot d’ordre est de "prise en compte de la totalité et maîtrise de notre environnement, des conséquences de nos actions sur nous-mêmes et notre avenir", reprendre le contrôle de l’économie, imposer la prise en compte des besoins réels et des nuisances indésirables, globaliser les problèmes au niveau mondial, corriger la force mécanique de l’évolution par la volonté d’un développement contrôlé, démocratique, équilibré, rationnel et diversifié. La liberté est, de ce point de vue, un idéal, la dignité de l’homme qui doit être reconnue supérieure à toute autre rationalité (économique, géopolitique, biologique) et doit atteindre à l’effectivité qui ne peut plus être que mondiale, à la mesure des enjeux du temps. Il ne s’agit pas de protéger une nature originelle, ni de protéger et rentabiliser les richesses naturelles mais de prendre possession de notre monde, s’opposer aux logiques inhumaines d’un développement tyrannique et aveugle, fonder un nouvel être-ensemble, de nouvelles solidarités contre la société marchande et ses intérêts à courte vue.

L’acquis fondamental du mouvement écologique, qui a provoqué un changement profond dans la prise de conscience des questions de l’environnement, a été et reste la compréhension de l’ampleur de la destruction de l’environnement par le capitalisme contemporain(7). La destruction de la nature a atteint des dimensions qui mettent en péril l’humanité toute entière. Il s’agit ici, comme dans le cas d’une guerre nucléaire mondiale, d’une question de survie. Toutefois, à la différence du danger de destruction nucléaire, c’est une question qui est toujours "neuve" et qui s’aggrave constamment par des manifestations de plus en plus évidentes. Cet acquis fondamental du mouvement écologique constitue en même temps sa limite fondamentale. Dans la mesure où la question est reconnue comme vitale pour l’humanité, par conséquent on occulte les intérêts divergent au sein de la société et on n’utilise pas les moyens adéquats (la majorité de la population contre les quelques centaines de capitalistes, détenteurs des moyens de production ).

La remise en question du concept de "progrès" est, elle aussi, un acquis du mouvement écologique. Elle a montré les carences de l’analyse marxiste du capitalisme contemporain : on ne peut plus parler comme au début du développement du capitalisme d’un développement positif de forces de production qui ne seraient freinées que par le cadre de la propriété privée des moyens de production ou développées au détriment du prolétariat(8). Le capitalisme, qui a "survécu" beaucoup plus longtemps qu’historiquement "nécessaire" pour le développement des forces productives, transforme de plus en plus les forces de production en forces de destruction.

Mais ceci signifie aussi qu’elles ne peuvent pas être "libérées" telles quelles, c’est-à-dire utilisées dans un système socialiste au profit de tous, mais qu’une sélection et une analyse critique sont nécessaires. Il ne s’agit pas seulement d’une question théorique, mais aussi d’une question éminemment pratique qui comporte la critique de l’idée de "dépassement" du capitalisme propre au « socialisme dit réel ». De plus, le côté matériel de la production (valeur d’usage) a été mis en avant pour la première fois par une analyse plus fouillée, en posant la question de savoir quels produits sont désirables d’un point de vue écologique et social, etc.

Après le recul du mouvement de 1968, le mouvement écologique a de nouveau introduit dans la politique la dimension "utopique". La discussion sur un changement fondamental du système social, sur une autre façon de vivre et de produire, est relancée à partir des nécessités écologiques. Au débat susmentionné sur la valeur d’usage des produits est intégrée la discussion d’une production socialement utile, de nouvelles idées utopiques à propos d’une société différente sont exprimées et des "plans de reconversion" concrets sont esquissés. Le premier lieu de développement du mouvement écologique a été l’Europe. Des mobilisations de masse importantes ont eu lieu, même dans les pays où le mouvement ouvrier était sur la défensive, comme l’Autriche, la Suisse ou l’Allemagne. Les formes de lutte combatives et concrètes, comme des manifestations, des blocus, des occupations de sites ont favorisé l’essor d’une "culture de résistance".

Si dans un premier moment l’axe principal des luttes a été la question du nucléaire, par la suite d’autres thèmes se sont révélés mobilisateurs : le combat contre la pollution et le refus des OGM. Des événements comme la crise de la "vache folle" ont sensibilisé l’opinion à la question de la "mal-bouffe" et des dangers résultant de la logique de rentabilité du marché capitaliste. En France, l’entrée en scène de la Confédération Paysanne a crée une dynamique radicale : partant d’une action symbolique (démontage d’un MacDonald) contre les mesures de rétorsion américaines face à l’interdiction européenne d’importation de bœuf aux hormones, la lutte s’est étendue à une dénonciation de l’OMC, avec le soutien de syndicats, associations écologiques et partis de gauche, et une large sympathie de l’opinion publique. Cette sympathie s’est manifestée en juin 2000 lors du rassemblement de solidarité avec les paysans en procès à Millau (France).

Les USA ont aussi connu des mobilisations écologiques importantes, et la formation d’un mouvement complexe et hétérogène, allant de la "deep ecology", qui prétend donner la priorité aux espèces végétales et animales sur l’humanité, à l’éco-socialisme. Les récentes mobilisations à Seattle - décembre 1999 - ont montré la puissance de ce mouvement et la disposition de plusieurs de ses composantes - comme par exemple l’importante association écologique "Amis de la Terre" - à s’allier avec les syndicats et la gauche dans le combat contre l’OMC et la marchandisation du monde. Seattle a aussi permis une première convergence dans la lutte entre mouvements nord-américains, européens - la Confédération Paysanne française était représentée par ses porte-parole (José Bové) - et du Tiers Monde.

Un texte de 1991 du dirigeant paysan péruvien Hugo Blanco exprime remarquablement la signification de cette "écologie des pauvres" : " A première vue, les défenseurs de l’environnement ou les conservationistes apparaissent comme des types gentils, légèrement fous, dont le principal objectif dans la vie c’est d’empêcher la disparition des baleines bleues ou des ours pandas. Le peuple commun a des choses plus importantes pour s’occuper, par exemple comment obtenir son pain quotidien. (...) Cependant, il existe au Pérou un grand nombre de gens qui sont des défenseurs de l’environnement. Bien sûr, si on leur dit, "vous êtes des écologistes", ils répondront probablement "écologiste ta sœur" !... Et pourtant : les habitants de la ville d’Ilo et des villages environnants, en lutte contre la pollution provoquée par la Southern Peru Copper Corporation ne sont-ils pas des défenseurs de l’environnement ? (...) Et la population de l’Amazonie, n’est-elle pas totalement écologiste, prête à mourir pour défendre ses forêts contre la déprédation ? De même la population pauvre de Lima, lorsqu’elle proteste contre la pollution des eaux. "

Rien ne serait plus faux que de considérer que les questions écologiques ne concernent que les pays du Nord - un luxe des sociétés riches. De plus en plus se développent dans les pays du capitalisme périphérique - le "Sud" - des mouvements sociaux à dimension écologique. Ces mouvements réagissent à une aggravation croissante des problèmes écologiques d’Asie, d’Afrique et d’Amérique Latine, en conséquence d’une politique délibérée "d’exportation de la pollution" par les pays impérialistes, et du productivisme effréné exigé par la "compétitivité". On voit ainsi apparaître dans les pays du Sud des mobilisations populaires en défense de l’agriculture paysanne, et de l’accès communal aux ressources naturelles, menacés de destruction par l’expansion agressive du marché (ou de l’État), ainsi que des luttes contre la dégradation de l’environnement immédiat provoquée par l’échange inégal, l’industrialisation dépendante et le développement du capitalisme ("l’agro-business") dans les campagnes.

*Rappelons brièvement les principaux moments de cet affrontement : Militant syndical lié à la Centrale Unique des Travailleurs et au Parti des Travailleurs brésilien, se réclamant explicitement du socialisme et de l’écologie, Chico Mendes organise, au début des années 80, des occupations de terres par des paysans qui vivent de la collecte du caoutchouc (seringueiros) contre les latifundistes qui envoient leurs bulldozers abattre la forêt en vue de la remplacer par des pâturages. Dans un deuxième temps il réussit à rassembler des paysans, des travailleurs agricoles, des seringueiros, des syndicalistes et des tribus indigènes - avec le soutien des communautés de base de l’Église - dans l’Alliance des Peuples de la Forêt, qui met en échec plusieurs tentatives de déforestation. L’écho international de ces actions lui vaut en 1987 l’attribution du Prix Ecologique Global, mais peu après, en décembre 1988, les latifundistes lui font payer très cher son combat en le faisant assassiner par des tueurs à gages. Par son articulation entre luttes sociales et écologie, résistances paysannes et indigènes, survivance des populations locales et sauvegarde d’un enjeu global (la protection de la dernière grande forêt tropicale), ce mouvement peut devenir un paradigme des futures mobilisations populaires dans le "Sud".

Souvent, ces mouvements ne se définissent pas comme écologistes, mais leur combat n’en a pas moins une dimension écologique déterminante. Il va de soi que ces mouvements ne s’opposent pas aux améliorations apportées par le progrès technologique : au contraire, la demande d’électricité, d’eau courante, de canalisation des égouts, et la multiplication des dispensaires médicaux figurent en bonne place dans leur plate-forme de revendications. Ce qu’ils refusent c’est la pollution et la destruction de leur milieu naturel au nom des "lois du marché" et des impératifs de "l’expansion" capitaliste.

Le Brésil est un des pays où l’articulation du social et de l’écologie a atteint des niveaux importants. On assiste à la mobilisation du Mouvement des Paysans Sans Terre (MST) contre les OGM, dans un affrontement direct avec le grand trust multinational Monsanto, et à la tentative des municipalités ou provinces gérées par le Parti des Travailleurs d’introduire des objectifs écologiques dans leur programme de démocratie participative. Le gouvernement de la province du Rio Grande do Sul, proche du MST et de la gauche du PT, veut éliminer les OGM de la région, au grand dam des riches propriétaires fonciers, qui dénoncent cet exemple "d’archaïsme" et voient dans la lutte contre les semences transgéniques une "conspiration pour imposer la réforme agraire". Les populations indigènes, qui vivent en contact direct avec la forêt, sont parmi les premières victimes de la "modernisation" imposée par le capitalisme agraire. Elles se mobilisent donc dans beaucoup de pays d’Amérique Latine pour défendre leur mode de vie traditionnel, en harmonie avec l’environnement, contre les bulldozers de la "civilisation" capitaliste. Parmi les innombrables manifestations de "l’écologie des pauvres" brésilienne, un mouvement apparaît comme particulièrement exemplaire, par sa portée à la fois sociale et écologique, locale et planétaire, "rouge" et "verte" : le combat de Chico Mendes et de la Coalition des Peuples de la Forêt* en défense de l’Amazonie brésilienne, contre l’œuvre destructrice des grands propriétaires fonciers et de l’agro-business multinational.

Dans certains pays - notamment en Europe - le mouvement écologique a réussi à faire adopter de nombreuses réformes, qui ont partiellement freiné un accroissement explosif de la destruction de la nature. Ainsi, par exemple,. il n’y a eu presque plus de nouvelles centrales nucléaires, la production de certains produits chimiques (CFC, engrais, etc.) a été limitée, des normes restrictives ont été fixées pour certaines usines, pour les automobiles, etc. Une industrie de l’environnement capitaliste s’est développée, des réformes écologiques entrent même dans le catalogue des revendications des partis bourgeois. Pourtant, malgré toutes les tentatives de réformes et malgré l’industrie de l’environnement, les destructions au niveau mondial sont plus graves que jamais. La pollution des mers, le déboisement des forêts tropicales, les changements climatiques, montrent clairement que la dynamique globale de la crise écologique reste inchangée. De ce point de vue, cette crise montre la nécessité, par-dessus toute réforme, d’un changement fondamental de notre société. Comme il n’a pas de programme anticapitaliste cohérent et qu’il ne considère pas les travailleurs comme sujet révolutionnaire, le mouvement écologique est loin de concrétiser son aspiration à constituer une nouvelle force sociale, qui puisse occuper ou hériter de la place du mouvement ouvrier. Néanmoins, si on fait abstraction des groupements explicitement bourgeois ou réactionnaires, numériquement faibles, le mouvement écologique reste un allié important des révolutionnaires dans la lutte d’ensemble contre le système capitaliste.

La première, mondialement connue, a été le rapport du Club de Rome ("Les limites de la croissance", 1972), qui démontrait que la destruction de l’environnement progresse rapidement et proposait une politique supranationale contre la croissance démographique, le gâchis de matières premières, la destruction de l’environnement etc. Cette étude, et d’autres qui ont suivi, ont eu un effet à double tranchant. D’une part, la science et l’idéologie bourgeoise reprenaient l’initiative sur les questions de l’environnement et entamaient la discussion sur les pronostics et les exigences à mettre en avant. D’autre part, cela confirmait les visions pessimistes de l’avenir du monde en stimulant davantage le mouvement écologique. L’ordre existant de l’économie capitaliste mondiale perdait son auréole de supériorité ; sa finalité et ses mécanismes étaient remis en question de l’intérieur. En même temps, ces analyses aboutissaient à des catalogues de revendications plus ou moins élaborées tendant à une planification mondiale et à une régulation politique de l’économie. Ainsi, elles entraient directement en conflit avec l’économie de marché capitaliste, le libéralisme économique et les offensives gouvernementales de dérégulation à l’ordre du jour partout dans le monde à l’époque.

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