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Le blog de Pierre Laporte

Blog politique d'informations et d'échanges d'un élu conseiller départemental et maire-adjoint de Tremblay en France en Seine St Denis. Blog basé sur la démocratie participative. Chantier ouvert sur l'avenir de la Gauche.

intervention après les révoltes urbaines

Publié le 8 Novembre 2007 par pierre laporte in conseil général

PICT5910.JPGM. Laporte.- Monsieur le président, chers collègues, je pense que nous ne sommes pas ici dans le but de construire une grande coalition, mais pour avoir un débat franc et sincère sur les causes de la crise actuelle. Un débat démocratique pour trouver parfois des solutions ensemble, mais aussi pour se confronter sur le plan des idées.
 
Monsieur Teulet regrette qu'à chaque séance, nous reparlions d'idéologies et des grands problèmes, mais je ne souhaite pas que, pour aborder cette question, on se limite à discuter de quelques personnes dans quelques quartiers, alors que la question qui nous est posée est bien une question de crise de société globale. Cela n'exclut évidemment pas la responsabilité des partis de gauche dans la situation actuelle, cela n'exclut pas la responsabilité des élus à tous les échelons, y compris départemental, dans les réponses aux questions posées.
 
La crise que nous vivons est extrêmement grave et son socle est essentiellement social, ne nous y trompons pas, même si des fractures traversent les représentations mentales, la sphère culturelle et modifient dangereusement les comportements. Partie de notre département, cette crise s’est propagée, comme une onde de choc, à travers le pays. Elle ne concerne pas seulement notre département, pas seulement les quartiers défavorisés, pas seulement la jeunesse, même si dans ces quartiers tout s’accumule, tout est exacerbé.
 
L'Action catholique ouvrière soulignait cette semaine, dans une déclaration, que quand on a 6 millions de personnes vivant avec moins de 600 € par mois, quand des familles sont expulsées de leur logement, que l'on est au chômage de père en fils, il est bien évident que la crise de notre société ne se limite pas à quelques quartiers. Bien sûr, beaucoup de nos concitoyens issus de familles modestes, nés dans les années d'après-guerre, nous disent que les difficultés qu'ils vivaient ne les amenaient pas à brûler les voitures et encore moins les écoles.
 
Certes, mais les enfants des années d’après-guerre, même si la vie était difficile, savaient que réussir ses études était réussir socialement et, au bout de l'école, il y avait un travail dans une société qui s'ouvrait au progrès des sciences et techniques, au progrès social impulsé par le programme de la résistance. Aujourd'hui, la réussite scolaire n'est plus porteuse de réussite sociale, les sciences et les techniques ne semblent plus maîtrisées et nous vivons une régression sociale sans précédent.
 
Pour sortir de cette crise, il est indispensable de la comprendre dans toute sa complexité. Comprendre n’est en aucun cas justifier tel ou tel acte de violence, aux conséquences dramatiques, surtout pour les plus précaires, mais se donner les moyens d'agir efficacement. Trop souvent, nous pouvons, à partir d'une colère justifiée ou de la peur, être tentés par des solutions simplistes, qui paraissent efficaces, comme l'état d'urgence, mais tout cela nous mènera à l'impasse, car c'est la parole des citoyens et le dialogue social qui sont muselés. Posons-nous jusqu'au bout les questions : pourquoi les enfants aussi jeunes restent aussi tard dans la rue ? La sur-occupation des logements dans de nombreux quartiers y contribue. Nous ne pouvons ignorer qu'en France, 264 000 jeunes sont victimes de maltraitance et la première des violences qu'ils subissent est de ne pas disposer d'un toit.
 
Dans notre Département, 5 000 enfants sont SDF, 3 150 sont confiés à l'aide sociale à l'enfance, 7 000 sont pris en charge par cette même aide sociale à l'enfance, à leur domicile. Mesure-t-on les conséquences que cela peut avoir ? Le docteur Sylvain Berda, chef de service Pédopsychiatrique de l’hôpital Robert Ballanger le déclarait dans Le Monde aujourd'hui, ce n'est pas que les parents soient démissionnaires, mais tout simplement qu’ils n'y arrivent pas.
 
Notre Département, en élaborant son schéma de l'enfance, peut mettre rapidement en place un nouveau dispositif d'aide éducative et de soutien à la famille destiné à les aider, à développer leur compétence parentale. Nous pouvons nous appuyer sur l'aide sociale à l'enfance et l'important réseau des centres de protection maternelle infantile que le Département a développé, pour aider à la réussite éducative. La création d'internats dans les collèges est aussi une proposition que nous avons déjà avancée.
 
Cependant, dans le même temps, nous ne pouvons pas accepter des taux de chômage aussi importants dans certains quartiers. Ils atteignent les 30 à 40 % chez les jeunes et touchent parfois l'ensemble de la famille. Comment, dans une telle situation, ne pas perdre ses repères ? Pourtant, l'essentiel des familles y parvient, mais cela n'autorise pas à montrer les autres du doigt, et encore moins à stigmatiser des populations entières.
 
Pourquoi et comment se créent de tels ghettos ethniques dont se plaignent les habitants de ces quartiers ? Pourquoi toujours considérer comme immigrés ou fils d’immigrés des Français ? Est-ce l’origine ou la couleur de la peau qui fait que l’on va utiliser un terme ou l’autre ? Les mots ont un sens, ils peuvent blesser, stigmatiser, humilier. Pourquoi vouloir prendre pour modèle le communautarisme anglo-saxon ?
 
Alors que les cyclones dévastent la Louisiane, on découvre l’immense pauvreté des populations noires. Comment vanter le modèle anglais après les émeutes qu’a connu ce pays, et il n'y a pas si longtemps, les attentats perpétrés par de jeunes Anglais.
Tout modèle social qui ne considère pas d'abord l'être humain mais la couleur de la peau ou l’appartenance à une religion divise, oppose les citoyens entre eux. Nous ne devons pas modifier la loi sur la laïcité de 1905, contrairement aux désirs de M. Sarkozy. Mais la laïcité est incompatible avec une société où les principes d’égalité et de fraternité ne sont pas valables pour tous.
 
La République, pour être pleinement la République, doit être sociale, il faut que cesse la casse des services publics, parce que M. Teulet, au soir de ces événements, on voyait les véhicules d'EDF, pas seulement les pompiers à qui on rend un hommage (ce n'est pas une formule de politesse, loin de là), mais aussi EDF-GDF, les services municipaux, tout ce que l'on veut casser.
 
S’agissant de la baisse des subventions aux associations dont on a parlé, pour lesquelles l’État nous disait ne pas être au courant, aujourd'hui, le Gouvernement les rétablit. C’est aussi la casse du Code du Travail et la généralisation du travail précaire. L’absence d'une alternative politique conjuguée à une accentuation des inégalités sociales mène notre société à l'impasse. Tout cela est lourd d'explosion sociale. La responsabilité des partis de gauche est aussi engagée, aujourd’hui le débat ne peut se résumer en une compétition de candidats pour les présidentielles, alors que nos quartiers brûlent.
 
La construction d’une alternative, et pas seulement d’une alternance, est tout aussi indispensable que les mesures d'urgence, car nous le savons, c'est une nouvelle République et une autre société que nous devons construire. En présentant ainsi les événements, il est clair que les réponses de fond ne sont pas seulement entre nos mains. Cela ne veut pas dire pour autant que nous n'avons pas de responsabilité et que notre politique départementale soit sans critique.
La première concerne la distance entre le Département et les citoyens. Nous devons permettre aux conseillers généraux d'être d’avantage porteurs du débat sur l'élaboration de la politique départementale avec les habitants. Les structures du conseil général sur le terrain doivent être des espaces qui contribuent à l'écoute de la population, à la construction des orientations de la politique du conseil général. Les fonctionnaires départementaux, dans le respect de leur rôle, ont quelque chose à jouer dans cette élaboration démocratique.
 
Nous ne devons pas nous censurer sur ce que nous devons développer ; dans le domaine du logement par exemple, si nous n'avons pas aujourd'hui les moyens d'une autre politique dans ce domaine, raison de plus pour les exiger, raison de plus pour ne pas laisser transformer le Département en guichet de paiement des aides sociales, c'est une réduction dramatique du rôle de notre collectivité locale.
 
Comment, dans un tel contexte, ne pas faire prendre en compte l'urgence sociale dans tous les schémas, dans tous les dispositifs dont nous discutons, que ce soit le SDRIF, les transports avec le STIF, le futur schéma des formations de la Région, le schéma régional d'organisation sanitaire. Car au-delà de l'urgence, il nous faut penser sur le long terme. Avaliser des réponses qui ne modifieraient pas la réalité actuelle et n'apporteraient que des réponses partielles et insatisfaisantes, posera clairement la responsabilité de chacun.
 
Enfin, comment répondre à l'urgence sociale avec des collectivités de plus en plus dépendantes des dotations de l’État, de plus en plus étouffées par la fausse décentralisation que nous subissons ?
 
Le Département ne peut laisser réduire son action à la compensation sociale des dégâts du libéralisme. Il faut revenir sur notre rôle en matière de culture, d’aide aux associations, de sport, en ne considérant surtout pas ces dimensions comme un luxe face à l'urgence sociale. Pour cela, nous devons interpeller encore plus le Gouvernement sur l'argent qu’il nous doit et sur les critères de compensation. C'est en Seine-Saint-Denis que se concentrent beaucoup trop de difficultés sociales et que doivent se construire les réponses les plus urgentes et surtout les plus profondes et les plus structurantes.
 
Concernant les dommages causés aux biens des personnes et collectivités, nous devons aider, mais il serait scandaleux que la solidarité nationale ne soit pas la première et que ce soit encore les plus défavorisés qui paient. Nous croyons au rôle de la population dans la construction d'une alternative, et particulièrement au rôle de la jeunesse. Nous y sommes prêts, donnons nous les moyens.
 
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