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Le blog de Pierre Laporte

Blog politique d'informations et d'échanges d'un élu conseiller départemental et maire-adjoint de Tremblay en France en Seine St Denis. Blog basé sur la démocratie participative. Chantier ouvert sur l'avenir de la Gauche.

Un point de vue pertinent de Gérard Miller sur l'élection présidentielle et la déclaration de Patrick Braouezec

Publié le 8 Mars 2017 par Pierre Laporte

Jean-Claude Coutausse / French-Politics pour Le Monde

Jean-Claude Coutausse / French-Politics pour Le Monde

Est-il encore permis de voter à gauche quand on est de gauche ?
par Gérard Miller


Ainsi donc, parmi d'autres hommes de gauche insoupçonnables, Patrick Braouzec, ancien député-maire communiste, "mesurant les conséquences dramatiques d'un second tour droite-extrême droite", vient d'annoncer dans le Monde daté du 8 mars, qu'il votera pour Emmanuel Macron dès le premier tour. Et ceci après avoir commencé par ces mots : "Chacun connaît
mes convictions et mes engagements". Je l'avoue : les bras m'en tombent !
Jusque là, l'élection présidentielle permettait d'appliquer un principe simple, que d'aucuns avaient résumé par une formule : "Au premier tour on choisit, au second on élimine". Sous-entendu : si le candidat qu'on pense être le meilleur n'est pas qualifié au terme du
premier tour, on peut éventuellement voter au second pour celui qui semble un moindre mal, mais après avoir commencé en tout cas par voter "selon ses convictions et ses engagements". Comme beaucoup à gauche, c'est ainsi que pour ma part j'ai toujours procédé, soutenant au
premier tour le candidat de mon choix (Marie-Georges Buffet, Jean-Luc Mélenchon...) et votant au second pour le socialiste arrivé en tête (Ségolène Royal, François Hollande...)
Or voilà que cette conception démocratique du vote est désormais caduque pour un certain nombre d'électeurs de gauche, et qu'il leur parait nécessaire d'en soutenir une autre, supposée plus réaliste parce que fondée sur les sondages. Et tel vieux militant du PS, approuvant Braouzec, de m'expliquer sans sourciller qu'il votera lui aussi pour Emmanuel Macron qu'il n'apprécie guère, et ce pour les mêmes raisons qui l'ont conduit à voter à la primaire de droite pour Alain Juppé qu'il déteste. Dans le passé, j'avais déjà entendu brandir
l'argument du "vote utile" pour justifier quelques cabrioles électorales, mais je dois dire que je n'avais jamais été confronté à l'élaboration de stratagèmes aussi tortueux !


Tout cela n'est pourtant pas un hasard. Cette confusion des esprits ne signe rien d'autre que l'actuelle victoire idéologique de la droite, qui pousse désormais des hommes et des femmes de gauche à cultiver la finasserie et le paradoxe comme les formes ultimes du pragmatisme.
J'ai par exemple sous les yeux la "lettre à Jean-Luc Mélenchon" que Raphaël Glucksmann a publiée le 4 mars sur le site de L’Obs. Elle comporte huit paragraphes et les cinq premiers sont dithyrambiques.
Le leader de la France insoumise, écrit d'emblée Glucksmann, est tout bonnement "le meilleur". Et il ne mégotte pas sur les arguments pour justifier un tel éloge ! Il explique que c'est "l’enfant chéri des noces de la littérature et de l’histoire", de très loin le plus érudit de
tous les candidats. Il ajoute que c'est le plus politique, au sens le plus noble du terme, "à mille lieues des arrangements d’appareils moribonds", et le "dernier héritier d’une grande et belle tradition" qui l’a fait tomber fou amoureux de la France. Et puis surtout, il rappelle que c'est celui qui a eu raison avant les autres.
"Raison sur le Parti socialiste, rassemblement de notables passés en un siècle de Jaurès à Séguéla, incapables de transformer une société qui, in fine, leur convient parfaitement. Raison sur la nécessaire conversion écologique des vieux logiciels productivistes de la gauche postmarxiste. Et au delà, raison sur..." Etc, etc. Bref, il se fait le plus efficace des agents électoraux et dès lors, s'il était une conclusion logique qu'on pouvait attendre d'une telle apologie, c'était bien celle de voter des deux mains pour ledit Mélenchon !


Eh bien, pas du tout ! Rappelant le "sacrifice" de François Bayrou, voilà le jeune essayiste qui évoque un sortilège étrange frappant cette élection — "sortilège étrange", ce sont les termes employés par le rationaliste qu'il est. Et que veut d'après lui ledit sortilège ? Que les plus dignes des candidats renoncent à se présenter. D'où cette adresse à Mélenchon qu'on peut ainsi formuler : "Retirez-vous, Jean-Luc, puisque vous êtes le meilleur."
On en conviendra : cette dialectique est incroyable. En fait, tout repose sur une affirmation dont je vois bien qu'elle semble évidente à Raphaël Glucksmann comme à Patrick Braouzec : Mélenchon (et pas davantage Hamon, d'ailleurs) ne peut pas être élu président, alors autant
qu'il oublie son programme et ses électeurs avec. A suivre un tel raisonnement, on se demanderait même pourquoi continuent de se présenter à l'élection présidentielle des candidats qui, d'après les sondages, ne sont pas assurés d'être au second tour.
Or il y a pourtant au moins une raison : c'est qu'une élection démocratique suppose la confrontation des idées, et pas la prise en compte anticipée d'un résultat aléatoire. Il n'y a rien de plus insupportable que les évidences qu'on veut nous faire gober : qu'il n'y a pas d'autre système possible que le libéralisme, pas d'autre Europe possible que celle d'Angela Merkel, et pas d'autre candidats sérieux que ceux dont les sondages nous disent qu'ils seront au second tour.


Que celui qui soutient en connaissance de cause le programme d'Emmanuel Macron vote pour lui, quoi de plus normal ? Mais au nom de quoi les électeurs potentiels de la France insoumise devraient-ils renoncer ainsi à soutenir le candidat qui leur semble justement "le meilleur" ? Au lieu de tympaniser les oreilles de Mélenchon qui poursuit son bonhomme de chemin sans
rien cacher de ce qu'il est et veut, est-ce qu'il ne serait pas plus juste de commencer par demander à tous ceux qui ont accepté de participer à la primaire organisée par le Parti socialiste de soutenir Benoît Hamon sans lui tirer dans le dos ? Et je ne parle même pas de la conduite indigne de ceux qui eux aussi ont filé chez Macron, mais après avoir reproché tant et plus à Mélenchon de ne pas jouer le jeu de la primaire !


Bref, on l'aura compris, je suis résolument pour que les électeurs de gauche ne votent pas sous la pression de certitudes qui n'en sont pas. Aux Etats-Unis, les partisans d'Hillary Clinton eux aussi n'ont cessé de vanter sa stature présidentielle, reprochant à Bernie Sanders de ne pas se rendre à l'évidence. Résultat : Trump a été élu et chacun s'est alors posé la question de savoir si Sanders n'aurait pas été un bien meilleur candidat. Eh bien voilà, pour que le meilleur gagne, encore faut-il qu'il se présente et que ceux qui devraient le soutenir ne renient pas leurs "convictions et engagements". En ce qui me concerne, pas question en tout cas de laisser BVA et l'IFOP guider ma main : au premier tour, je voterai pour le candidat dont le
programme convient vraiment à l'homme de gauche que je reste : Jean-Luc Mélenchon.

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Mattia Nadia 09/03/2017 09:28

à Michel Mazon : Bon, ben alors si vous ne votez pas Mélenchon , alors que déjà, vous ne faites que lui tirer dans les pattes,) Nous, (les Insoumis ) on battra tous les communistes élus partout de la commune à l'Assemblée, ça te va Michel ? Tu n'as pas honte ? Pour une fois qu'on a un candidat formidable, avec un programme et un mouvement épatant, tu fais du chantage ? Dis donc mon coco, quand le PS nous a entuber des millions de fois, tu as fait quoi ? Heureusement que pour sauver le joli nom de camarade, il y a les communistes de la F.I , Eux , sont au boulot depuis un an , fidèles à leurs idées et à leur engagement , Ne reste t'il donc que des sociaux démocrates au PCF ? On peut se la demander !

Mazon Michel 09/03/2017 10:23

à Mattia Nada : Pour une fois que l'on a un candidat formidable : erreur cela fait deux fois pour les Présidentielles et en 2012 dans un formidable élan unitaire qui me semble faire défaut aujourd'hui et c'est dommage car pour le NON COCO (je reprends votre vocabulaire méprisant) que je suis j'avais adhéré sans retenue comme j'ai également voté pour JLM pour les Européennes, liste avec JLM en tête pour être sur qu'il soit élu avec la bénédiction des autres forces de gauche et y compris les COCOS comme vous dites. Mais je vois à vous lire que le respect n'existe plus entre les supports à JLM alors je me demande comment construire un courant majoritaire porteur d'espoir (et pourtant il y en a de l'espoir dans le programme de JLM) quand le sectarisme de gens comme vous (et malheureusement très fréquent à lire les prises de position des membres de FI) va compromettre le projet et celui-ci ira dans le mur. N'ayant jamais appartenu au PS je pourrais vous retourner que ce n'est pas le cas de JLM mais c'est vaine polémique qui ne fait pas avancer le projet, au contraire. Reste que l'on peut voir sur les prises de positions à l'assemblée nationales que les 8 sortants FdG ont toujours été en accord avec les positions de JLM et je ne comprends pas pourquoi aller s'opposer à ces femmes et à ces hommes pour juste entraîner la perte pour la vrais gauche de ces sièges. Mais cela doit être une position de social-démocrate comme vous le dites avec autant de mépris.

Mazon Michel 09/03/2017 01:29

Reste quand même à régler le respect des sortants communistes par FI. Pour ma part si FI ne s'engage pas avant le 1er tour de la présidentielle à ne pas présenter des candidats FI contre les sortants communistes alors je ne voterais pas Mélenchon au 1er tour.

MrTroyens 12/03/2017 09:28

C'est fou ça, comme on peut entendre parler de l'ego surdimensionné de Mélenchon, et finalement s'apercevoir la plupart du temps que c'est celui là même des militants des partis "alliés" qui est énorme.
J'avais un peu suivi Nouvelle Donne à un moment, c'était la même : personne ne voulait s'allier ou voter pour les autres, et encore moins FDG dont faisait partie pourtant le PCF me semble-t'il, "c'tous des cons avec des melons d'enfer qui veulent nous piquer les places et tirer la couverture à eux" lisais-je un peu partout entre les forums et réseaux sociaux, et finalement, qu'est devenu ND aujourd'hui à force de ne vouloir exister que par et pour elle ?
On voit ce que devient EELV également, avec ses magouilles depuis quelques temps déjà et bien avant même, et le PCF avec des arguments comme les vôtres finira dans le même état, déjà qu'après lecture de cet excellent billet, je suis sur le cul, mais qu'un membre pense comme vous, je trouve ça surréaliste simplement, et je sais pourtant que vous n'êtes même pas seul à penser la même chose !
Le pire, c'est encore que vous devez faire partie de ceux qui voudraient une "alliance" avec le PS, ce même PS qui n'a eu de cesse de couler le PCF depuis 30 ans même si ce dernier y arrive bien tout seul avec des raisonnement comme le vôtre.
Peu m'importe personnellement qui porte le projet, tant que projet il y a ! Et qu'un groupe PCF ou pas soit créé n'est pas mon problème ! Mon problème à moi, c'est mon RSA, c'est mon loyer à payer tous les mois, c'est les nouilles que je dois bouffer pendant trois semaines tous les mois pour payer mon électricité, et vous savez quoi ? Au moins, ma femme bosse depuis deux ans et heureusement, parce que je n'vous dis même pas la misère avant cela !
Alors quitte à prendre un risque, au moins je prends celui que je trouve le plus intelligent et le plus utile aux personnes qui comme moi, s'enfoncent chaque jour un peu plus vers le caniveau ou ils vont finir leurs tristes vies, ce risque de voter Mélenchon au premier ET au second tour ! Et si pas de France Insoumise au second tour me direz-vous ? Alors je voterais blanc tout simplement afin d'exprimer mon mécontentement, mais certainement pas pour l'un ou l'autre des voleurs ou menteurs qui resteront, car leurs programmes ne me conviennent pas, tant au plan financier que moral ou humain, et qu'il est hors de question que mon bulletin serve à aider ce pays qui est le mien à descendre encore un peu plus dans mon estime, car ses habitants réactionnaires de quel que bord qu'ils soient , me font commencer très sincèrement à douter !

GERMONT 10/03/2017 22:39

J’aimerais assez qu’on cesse cette partie suicidaire qu’on s’en tienne aux faits : le 4 février le comité électoral de la FI n’avait validé que 2 binômes face à 2 députés sortants du groupe (15 députés ) dont 1 PCF. Lors de la dernière rencontre PCF/FI la FI a proposé de retirer 12 binômes face aux députés sortants de ce groupe (qui ne compte que 7 encartés PCF!) Les discussions continuent un peu partout avec plus ou moins de succès; Pour autant les éléments les plus sectaires continuent de crier au loup et jettent de l’huile sur le feu encourageant au gel des parrainages de JLM. Je suis communiste non encarté et membre de laFI syndiqué CGT depuis 45 ans. Parce que je connais la force doctrinaire de ces gens, je redouble d’effort pour l’unité d’action. OUI il faut que le Parti Communiste retrouve un groupe autonome du PS au parlement et OUI il faut faire entrer dans l’assemblée des dizaines de jeunes candidats Insoumis pour redonner de l’oxygène à la politique;

Pierre Laporte 09/03/2017 23:03

Mais pourquoi poser une telle question alors que le compte-rendu fait par le PCF de la réunion avec FI confirme que FI ne ^présentera pas de candidats contre les sortants.,