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Le blog de Pierre Laporte

Blog politique d'informations et d'échanges d'un élu conseiller départemental et maire-adjoint de Tremblay en France en Seine St Denis. Blog basé sur la démocratie participative. Chantier ouvert sur l'avenir de la Gauche.

"Qui nous dit qu'on ne vend pas du coton fourni par Daesh ?"

Publié le 19 Novembre 2015 par Pierre Laporte

"Qui nous dit qu'on ne vend pas du coton fourni par Daesh ?"

Propos recueillis par

Bruno Rieth

Lors des émeutes de 2005, il avait voté contre l’état d’urgence. Ce matin, à l’occasion de l’examen du projet de loi de prolongation de l’état d’urgence suite aux attentats du 13 novembre, il s’est prononcé pour. François Asensi, député du groupe de la gauche, démocrate et républicaine, revient sur les raisons de son vote et appelle la France à une clarification de ses relations avec « plusieurs pays, au premier rang desquels le Qatar et l’Arabie Saoudite, mis en cause pour leur implication dans le financement du terrorisme »

François Asensi, lors des questions au gouvernement. CORNIER GAEL/SIPA

Marianne : Ce matin passait à l’Assemblée nationale le projet de loi sur la prolongation et les modalités de l’état d’urgence. Vous avez voté pour. Expliquez-nous le sens de votre vote.

François Asensi : Oui, j’ai voté le principe de la prolongation de l’état d’urgence de trois mois. Nous allons voir maintenant les amendements qui vont être proposés. Mais pour ma part, je considère que la France vit une situation exceptionnellement grave, ce qui nécessite que l’Etat ait la possibilité, pendant une période limitée en tout cas, de mettre en œuvre tous les moyens pour mettre un terme aux opérations terroristes qui pourraient viser les Français. C’est ce qui explique le sens de mon vote.

Comprenez-vous les critiques d’une partie de la gauche contre cette prolongation de l’état d’urgence ?

François Asensi : Bien sûr que je comprends ces réserves et ces constatations. Puisque tout état d’exception est attentatoire aux libertés publiques. Donc, la question est de savoir si dans le contexte actuel, il faut oui ou non, pour une période déterminée, réduire nos libertés individuelles. Moi, je pense que le plus important pour le moment est d’empêcher le passage à l’acte des réseaux terroristes et de les démanteler. C’est la question centrale. Nous ne pouvons plus assister encore à des massacres tels qu’ils ont été faits. Parce que là, ça dépasse l’entendement. C’est gens-là sont des fossoyeurs de l’humanité. Ils ne s’attaquent pas à notre mode de vie mais à ce que l’humanité a de plus généreux.

Mercredi, lors des séances de questions au gouvernement, vous avez demandé au Premier ministre de clarifier les relations diplomatiques de la France avec « plusieurs de ces pays, au premier rang desquels le Qatar et l’Arabie Saoudite, [qui] sont mis en cause pour leur implication dans le financement du terrorisme ». Pourquoi cette interpellation ?

François Asensi : Je pense qu’il y a beaucoup d’hypocrisie dans la position française. C’est à dire que l’on sait manifestement que le Qatar, des princes du Qatar et des personnalités richissimes du Qatar financent encore aujourd’hui Daesh. Le Premier ministre, lui, est formel et explique que nos services de renseignements attestent que les gouvernements ne seraient pas impliqués. Mais on sait très bien que le feu vert a été donné à de richissimes princes ou d’oligarques du pays pour financer Daesh. Et ça, ça continue. Il faut arrêter l’hypocrisie. Si nous n’asséchons pas les moyens de financement de l’Etat islamique, il gardera une force de frappe exceptionnelle comme on le voit, tristement, aujourd’hui. Non seulement, ils font du trafic sur le pétrole mais aussi sur les matières premières. On sait que 90% des champs de cotons de la Syrie, l’un des premiers producteurs de coton au monde, sont contrôlés par Daesh. Qui nous dit que l’on ne vend pas dans les grands magasins des habits en coton fourni par l’EI…

Vous avez notamment insisté sur la nécessité de « couper définitivement les vivres à Daesh ». C’est une priorité selon vous ?

François Asensi : C’est fondamental. Il ne faut pas tourner autour du pot. La France doit devant le Conseil de sécurité de l’ONU demander qu’il y ait une véritable information pour savoir d’où provient le financement de Daesh et que l’on s’y attaque véritablement. Sur le terrain, il n’est pas rare qu’il y ait des convois de dizaines de camions qui acheminent du pétrole pour alimenter le marché noir. Je ne comprends pas pourquoi nous ne les bombardons pas même si je crois que l’on commence à le faire. Il est important aussi que dès aujourd’hui il y ait une réflexion globale sur les alternatives politiques à la fois en Irak et en Syrie. Sinon, nous n’avancerons pas. Il faut à la fois lier d’une manière concomitante la perspective politique de ces régions et l’éradication par la force de Daesh.

Justement, les grands oubliés du côté de la diplomatie française, ce sont les Kurdes, qui représentent pourtant une opportunité sur le plan militaire et une alternative politique dans certaines régions de l’Irak et de la Syrie. Comment jugez-vous cette position française ?

François Asensi : Le fait que Recep Erdogan bombarde les forces kurdes en les désignant comme l’ennemi principal tout en ménageant Daesh, c’est un scandale. Les Kurdes ont évidemment toute leur place dans le processus, à la fois militaire et dans la solution politique de l’Irak et de la Syrie. Il faut que les Occidentaux et la France disent les choses clairement à la Turquie. Jusqu’à présent, le gouvernement turc, malgré son double jeu, a été largement épargné par les critiques. Il faut que ça change car oui, il faut absolument que les Kurdes entrent dans le processus et soient partie prenante de la solution politique dans la lutte contre Daesh.

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