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Le blog de Pierre Laporte

Blog politique d'informations et d'échanges d'un élu conseiller départemental et maire-adjoint de Tremblay en France en Seine St Denis. Blog basé sur la démocratie participative. Chantier ouvert sur l'avenir de la Gauche.

Pourquoi je me suis abstenu sur le voeu du Conseil départemental en faveur de la candidature de Paris à l’organisation des Jeux Olympiques et Paralympiques de 2024

Publié le 13 Mai 2015 par Pierre Laporte

Pourquoi je me suis abstenu sur le voeu du Conseil départemental en faveur de la candidature de Paris à l’organisation des Jeux Olympiques et Paralympiques de 2024

Il est des sujets d'actualité ou de société à propos desquels il est difficile de mener un débat serein, mais réellement contradictoire, étayé par des faits, des données objectives.

Les Jeux Olympiques et Paralympiques font partie de ces sujets.

Qui se souvient encore que le projet de JO à Annecy, prévu pour 2018, a été rejeté sous l'effet d'une mobilisation populaire assez inédite en la matière ?

Qui sait, aujourd'hui, que la Ville de Grenoble se passera de Tour de France pour des raisons financières directement imputables aux politiques d'austérité qui touchent les collectivités ?

Évidemment, rien de populaire, d' « universel », de « fraternel » dans ces décisions, dira-t-on.

Car c'est bien là que le bât blesse, dans le discours dominant sur les JO qui n'est ni plus ni moins qu'une propagande rodée que grippent à peine des échecs pourtant notoires.

Passons sur la précipitation du Président du Conseil départemental à vouloir faire voter un vœu pour appuyer la candidature parisienne, ne laissant pas la place au temps de réflexion et de travail nécessaire pour envisager le plus objectivement possible les conséquences pour la Seine-Saint-Denis, notamment budgétaires, qui découleront forcément de cette candidature.

Sans doute, cet empressement n'est-il pas étranger à l'annonce de la candidature de C Bartolone aux élections régionales, soutenu le lendemain par A Hidalgo … venue présenter le projet parisien à Bobigny ...

Il restera de cette séance exceptionnelle du 7 mai, à laquelle je n'ai pas pu assister mais que j'ai pu visionner, un unanimisme convenu, qui ne résiste pas à l'état des connaissances sur la question.

J'ai mis en ligne il y a quelques jours un papier de mon ami René Durand, qui éclaire parfaitement le propos, mais rappelons quelques grandes lignes puisque je n'ai pu m'exprimer oralement.

  • le bilan économique de trop nombreuses éditions est plus que mitigé (Londres, Albertville, …) pour ne pas dire catastrophique (Sotchi notamment) et c'est aux Etats et aux collectivités que les organisateurs demandent de régler les factures : 3 fois le montant initial pour les JO de Londres de 2012, 10 fois pour ceux de la Grèce de 2004, pour ne citer que ces exemples ! Et il faut avoir en tête que la reconversion, l'entretien et les coûts de fonctionnement des infrastructures ne sont pas évalués dans le dossier de candidature ...

  • le bilan écologique est systématiquement catastrophique et ne peut être autrement puisqu'il s'agit de monter une énorme opération qui drainera des millions de personnes, d'équipements, de véhicules. A l'heure où les parisiens souffrent chaque jour davantage de la population aux particules fines dues aux transports, le pic qu'engendreront les JO sont une aberration. Le CIO en est d'ailleurs pleinement conscient qui n'accorde qu’un très faible pourcentage à la dimension environnementale dans la notation des projets.

  • Les retombées mises en avant pour les territoires retenus et pour les populations qui y vivent ne sont que des promesses qui engagent ceux qui les entendent. Au contraire, les JO promettent des coûts d’entretien exorbitants d’équipements sportifs peu réutilisés, les JO ne créent que très peu d’emplois, et surtout pas dans les secteurs qui permettent de prendre en compte les besoins sociaux de la population et les impératifs écologiques. Pire, ils font augmenter la valeur du foncier, donc des loyers, chassant les populations les plus pauvres et sont un prétexte au renforcement du contrôle social.

  • Au contraire, les sommes colossales mises en jeu - A Vancouver, le coût des infrastructures qui était de 760 millions de $ ( 539 millions € ) est finalement passé à 4 milliards de $ ( 2,83 milliards € ) - profitent en tout premier lieu aux multinationales, seules capables de répondre aux appels d'offre du comité d’organisation, sans réel effet sur le tissu économique local et la création d'emplois, hormis temporaires

Seulement voilà, malgré tous ces éléments, un mur bien décoré masque la réalité et empêche des débats clairs et rigoureux qui permettraient de ramener à leur juste niveau les effets largement surévalués des JO sur les territoires et les populations, sur l'économie et le niveau de vie, comme l'ont à plusieurs reprises analysé de nombreuses organisations, parmi lesquelles on trouve y compris le FMI !

Au milieu de ce grand chœur unanimement enthousiaste, que faire ?

Pour toutes les raisons évoquées, voter oui aurait été à mes yeux un contre sens, un signal trop fort envoyé à un modèle avec lequel il faudra bien rompre un jour, celui de grandes opérations, hyper médiatisées, hyper financiarisées sensées apporter le "développement" et la "croissance", ces deux mamelles du capitalisme qui détruisent l'homme et la planète.

Voter contre aurait sans doute été politiquement plus valorisant, pour les mêmes raisons, mais n'en aurait pas moins demeuré une question : puisqu'il était évident que le vote favorable serait largement majoritaire, que serait-il resté de notre capacité à poursuivre le débat et à infléchir l’organisation des Jeux ?

Aussi, l'abstention est un choix de défiance.

A l'heure où la majeure partie de la population, singulièrement en Seine-Saint-Denis, a resserré d'au moins un cran sa ceinture ces dernières années ; à l'heure où le gouvernement réduit les capacités d' investissements des collectivités locales ; à l'heure où notre département s’enorgueillit d'accueillir la COP 21 ; à l'heure où se lèvent des mobilisations de plus en plus nombreuses contre les Grands Projets Inutiles, où s'exacerbent les tensions entre les défenseurs d'un modèle mortifère et une nouvelle génération dans des Zones A Défendre, un blanc-seing aurait été contraire à la vision des Jeux que nous défendons.

A l'inverse, nous avons à tout mettre en œuvre pour faire prendre conscience des réalités de la grande messe sportive et faire évoluer les Jeux Olympiques. Ils doivent être un moyen d'apporter des réponses durables aux besoins de la population en matière d'équipements, d'accès à la pratique sportive, de soutien aux clubs …

En parallèle, nous devons mener une campagne forte sur le rôle social et les valeurs du sport, celui qui est à la fois apprentissage collectif et dépassement de soi, pratique populaire et émancipatrice fondée sur le plaisir de jouer.

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