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Le blog de Pierre Laporte

Blog politique d'informations et d'échanges d'un élu conseiller départemental et maire-adjoint de Tremblay en France en Seine St Denis. Blog basé sur la démocratie participative. Chantier ouvert sur l'avenir de la Gauche.

Chez EELV, on sort l’arme lourde

Publié le 13 Mars 2015 par Pierre Laporte

Chez EELV, on sort l’arme lourde

Par Guillaume Liégard | 13 mars 2015

Chez EELV, on sort l’arme lourde

Une nouvelle fois écartelé entre les partisans d’une alliance à sa gauche, ceux d’un retour au gouvernement et ceux de l’autonomie, le parti écologiste accrédite de plus en plus le scénario de sa scission. Laquelle aurait le mérite de le sortir de son impasse.

En mars 2014, la sortie du gouvernement des écologistes avait été l’objet d’un âpre débat au sein de la direction d’EELV. Depuis lors, une forme de guerre de basse intensité, comme on dit en géopolitique, couvait. De petites phrases assassines en remarques acides, trois camps se sont clairement affirmés : ceux qui souhaitent la participation au gouvernement de Manuel Valls, ceux qui envisagent un rapprochement avec le Front de gauche, et entre les deux un groupe intermédiaire plutôt porté sur une politique de l’autonomie des écologistes.

Reste Emmanuelle Cosse, la secrétaire nationale des Verts qui, elle, ne sait rien. Elle s’est abstenue sur la sortie du gouvernement il y a un an, ne savait pas cet été si l’écologie était de gauche ou de droite – bref ni pour ni contre, bien au contraire.

La « nouvelle force » de Duflot

Avec l’interview de Cécile Duflot dans Libération du 8 Mars, le climat s’est très nettement détérioré et d’un peu partout on a sorti l’arme lourde. L’objet du délit n’est pas mince. D’abord, l’ancienne ministre du Logement écarte tout retour au gouvernement : « Les raisons qui ont conduit à notre sortie demeurent : ce gouvernement ne porte pas de solutions susceptibles de combattre la crise écologique et sociale », indique-t-elle. Ce tir de barrage, dans l’hypothèse d’un possible remaniement, fait écho à la déclaration de la co-présidente du groupe écologiste à l’Assemblée nationale, Barbara Pompili, qui avait affirmé au mois de janvier : « Si les Verts ne retournaient pas au gouvernement d’ici à 2017, ce serait un échec. »

Mais ce qui semble avoir mis le feu aux poudres et déclenché un certain emballement, c’est la perspective d’un nouveau parti : « Soit les écologistes renoncent à transformer la société, acceptent le cadre actuel, et rien ne changera. Soit nous participons à l’émergence d’une nouvelle force politique. » Et d’ajouter « Nous sommes à l’aube d’une recomposition politique majeure. »

Pire, Cécile Duflot ne réfute pas la perspective d’un cadre commun avec le Front de gauche et Jean-Luc Mélenchon dont elle souligne l’évolution sur la question de l’écologie : « J’espère que beaucoup d’autres vont suivre son chemin, je pense à de nombreux socialistes qui s’interrogent. Il faut rassembler tous ceux qui veulent changer de modèle. Si nous avons du courage, quelque chose va bouger. Une nouvelle force politique va émerger. »

Le « projet » de Durand

Dès le lendemain, le 9 Mars, François de Rugy (par exemple ici) déclarait que les propos de Cécile Duflot dans Libération signaient « en quelque sorte l’acte de décès d’Europe Écologie-Les Verts » et, se faisant plus menaçant, il ajoutait : « Nous en tirerons les conclusions. » La charge est rude, mais en fait sans surprise. Le député de Loire-Atlantique a toujours milité pour que les Verts restent au gouvernement, puis pour qu’ils y retournent.

Dès le mois de novembre le sénateur Jean-Vincent Placé avait agité le spectre de la scission : « Si la majorité de mes amis, et Cécile Duflot, penchent pour l’opposition au président de la République et un accord avec le Parti de gauche, il y aura deux écologies. » De son côté, Daniel Cohn-Bendit, dans une interview au positionnement très centre droit (si vous doutez, c’est ici), affirme : « Cécile Duflot devrait au moins expliciter le fond de sa pensée. Si le grand parti progressiste auquel elle dit aspirer voit le jour, il n’y aura pas de candidat de gauche au second tour en 2017. Elle joue la stratégie du pire. »

Plus ennuyeux pour Cécile Duflot sont les propos venus du cœur du sérail écologiste. Ainsi, à la question, défendez-vous un rapprochement avec le Front de Gauche, Pascal Durand, ancien patron d’EELV, répond : « Un rapprochement non, un dialogue oui. Nous sommes des démocrates et nous devons être dans des majorités pour agir. Je n’ai aucun problème pour que localement, il y ait des accords, mais les réalités locales ne sont pas nécessairement les mêmes que les choix nationaux ou européens. » Et de réaffirmer l’antienne traditionnelle à EELV : « Il n’y a pas de postulat de principe, comme il n’y a pas d’allié naturel pour les écologistes. Il y a, en revanche, un projet écologiste à mettre en œuvre. »

La « coalition » de Jadot

Le son de cloche est semblable, mais en plus brutal, pour l’eurodéputé Yannick Jadot. Interrogé sur le caractère irréconciliable des positions au sein d’EELV, il répond : « Au bord de l’implosion, oui. EELV est piégé par une double obsession : soit la participation au gouvernement à n’importe quel prix, soit l’alliance avec le Front de gauche. Nous apparaissons comme un parti agité par deux sensibilités : le gauchisme et l’opportunisme. »

Sur la participation gouvernementale, l’élu n’y va pas avec légèreté : « La question n’est pas : on y va ou pas, mais sur quel accord. C’est aussi absurde de revenir au gouvernement s’il reste sur sa ligne actuelle que de vouloir une alliance avec la VIe République de Mélenchon dont la ligne est poutinienne, "anti-boche" et anti-dégénéré. Autrement dit, la position idolâtre vis-à-vis de Hollande de Jean-Vincent Placé est aussi aberrante que la position anti-vallsienne de Cécile Duflot. Il faut revenir à la logique d’une coalition de projets : si on revient, c’est pour quoi faire ? »

La situation apparaît désormais critique pour le parti écologiste et son explosion est désormais une hypothèse réelle. La préservation de l’unité d’EELV n’est possible qu’en se recentrant sur le seul paradigme écologiste et en s’adossant à une politique d’alliance au coup par coup. Au regard de la situation politique française, de la montée du Front national, une telle option n’apparaît guère à la mesure des enjeux. Le risque d’un espace politique extrêmement maigrichon, notamment en 2017, serait alors fort. Et puis disons-le, la séparation relèverait de la logique politique, de la nécessaire clarification. La scission n’est pas seulement possible, elle est souhaitable.

Source : Regards, 13 mars 2015

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