Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Le blog de Pierre Laporte

Blog politique d'informations et d'échanges d'un élu conseiller départemental et maire-adjoint de Tremblay en France en Seine St Denis. Blog basé sur la démocratie participative. Chantier ouvert sur l'avenir de la Gauche.

Cukierman a la mémoire courte

Publié le 23 Février 2015 par Pierre Laporte

et alimente dangereusement le communautarisme et l'islamophobie :

«Le raisonnement de Roger Cukierman sur le FN a quelque chose d’obscène»

INTERVIEW

Nicolas Lebourg, historien spécialiste des droites extrêmes, analyse des propos tenus lundi par le président du Crif, sur l’évolution de l’antisémitisme au sein du Front national.

«Irréprochable personnellement» : telle est l’appréciation portée lundi par Roger Cukierman, président du Crif (Conseil représentatif des institutions juives de France), sur Marine Le Pen. Certes, «derrière» la présidente du FN, «il y a tous les négationnistes, tous les vichystes, tous les pétainistes», a ajouté Cukierman. Avant de préciser que Marine Le Pen restait «infréquentable», n’ayant pas condamné les propos ambigus de son père sur la Seconde Guerre mondiale. Malgré tout, pour le président du Crif, «toutes les violences [antisémites] aujourd’hui […] sont commises par des jeunes musulmans», et non par des sympathisants frontistes. Que penser de ces affirmations ? Analyse de Nicolas Lebourg, historien spécialiste des droites extrêmes.

Par Bernadette Sauvaget

On peut le penser. En répétant sans cesse qu’elle défend tous les Français «sans distinction de race ou de religion», elle est en rupture avec l’antisémitisme français classique, construit au XIXe siècle, et qui dénonce chez les juifs un corps étranger dans la nation. Elle n’est pas non plus sur le registre négationniste. Dès 2011, elle a dénoncé la Shoah comme le «summum de la barbarie», formule forte, même si elle ne rentre pas dans le détail des événements en question. Dernière rupture essentielle : sa défense de l’Etat d’Israël, quand «l’ancien» FN de Jean-Marie Le Pen était plus fluctuant sur le sujet : des soutiens d’Israël, vu comme une pointe avancée de l’Occident, voisinaient avec d’authentiques antisémites tels que François Duprat.

La formule de Cukierman n’est pas très heureuse. A quoi bon aller systématiquement chercher ces qualificatifs dans un passé lointain ? Il existe des gens d’extrême droite qui ne sont, pour autant, pas les mêmes que ceux de la première moitié du XXe siècle. Pour répondre à la question, la rupture est consommée entre le FN et des organisations ouvertement antisémites telles que Egalité et Réconciliation, le mouvement d’Alain Soral, ou encore les pétainistes de l’Œuvre française, dont beaucoup de militants ont été exclus du FN ces dernières années. Il y a dans l’entourage personnel de Marine Le Pen des profils sulfureux, comme son ami Frédéric Chatillon, ex-patron du syndicat étudiant d’extrême droite GUD. Malgré tout, il faut reconnaître que le FN a changé sur ce point.

Non. Si l’on s’appuie sur les travaux de la Commission nationale consultative des droits de l’homme, sur la dernière décennie, un tiers «seulement» des violences antisémites sont le fait de Français issus de l’immigration afro-maghrébine. L’affirmation de Cukierman est une construction politique artificielle. Dans la lignée des propos qu’il tenait en 2002, dénonçant un péril «rouge-brun-vert» dont les gens sérieux savent qu’il n’a jamais existé.

Il tente de se poser en représentant de l’Etat national fort, capable de protéger ses nationaux contre l’intolérance islamiste. En parallèle, des pans entiers de la communauté juive sont en voie de radicalisation politique. Alors que les juifs étaient de longue date des piliers du modèle universaliste français, les dernières décennies ont vu s’amorcer ce mouvement de bascule. C’est un phénomène constant dans l’histoire sociale : à chaque fois que l’on communautarise un groupe, celui-ci tend à se droitiser.

C’est assez étonnant. Cela revient à dire que le caractère acceptable ou non du Front national dépend de Jean-Marie Le Pen, dont chacun s’accorde à penser qu’il a plus d’années derrière lui que devant. Ainsi, le jour où celui-ci disparaîtra, le FN deviendrait tout d’un coup fréquentable, on pourra parler à Marine Le Pen. Ce raisonnement a un côté obscène. Qui plus est, il laisse de côté d’autres questions importantes sur ce parti, par exemple le moule ethnocentriste proposé par Marine Le Pen. C’est un piège dans lequel il ne faut pas rentrer.

Cukierman a la mémoire courte
Commenter cet article