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Le blog de Pierre Laporte

Blog politique d'informations et d'échanges d'un élu conseiller départemental et maire-adjoint de Tremblay en France en Seine St Denis. Blog basé sur la démocratie participative. Chantier ouvert sur l'avenir de la Gauche.

Contre les idées reçues sur la dette publique : les banques sont plus endettées que les Etats (mais n'ont pas à se serrer la ceinture)

Publié le 13 Février 2015 par Pierre Laporte

Les banques sont plus endettées que les Etats


La dette publique française s’approche des 100 % du PIB et les austéritaires de tous poils nous promettent la fin du monde. Mais, bizarrement, les fourmis de la fable n’ont rien à dire sur le fait que nos banques sont bien plus endettées : selon les derniers chiffres de la Deutsche Bank, le montant total du stock des obligations émises par les institutions financières françaises s’élevait à 5 000 milliards d’euros à la fin 2014. Soit environ 250 % du PIB français ! Mais pas un mot là-dessus. Alors que les risques portés par cette dette sont bien plus importants pour notre économie

Une fixation mal venue sur les dettes publiques

Les négociations sur la dette grecque qui mobilisent en ce moment la diplomatie européenne représentent la version extrême d’une fixation du débat économique sur les niveaux de dette publique. Si l’Etat grec est assurément dans une situation de surendettement qui réclame de trouver les moyens d’un allégement, c’est le seul Etat européen dans ce cas. Les autres membres de l’Union financent sans problème leurs déficits, qui plus est à des taux de plus en plus faibles, du Nord au Sud de l’Europe. La facilité avec laquelle le gouvernement portugais a emprunté 1,25 milliard d’euros à 2,5 % le 11 février dernier en est la dernière illustration.

La dette des institutions financières est de 5 000 Mds d’euros, 250 % du PIB !

Quant à la France, elle emprunte à des taux négatifs – les investisseurs paient pour acheter notre dette – jusqu’à l’échéance de 3 ans, quasiment nuls à 4-5 ans et de l’ordre d’un demi pour-cent à 10 ans. Et, d’après le FMI, l’épargne disponible étant amenée à rester durablement supérieure aux envies d’investissement, il y aura encore pour un bon moment plus d’offre d’argent que de demande ce qui maintiendra les prix, les taux d’intérêt, bas.

La dette explosive des banques

Selon les estimations de Deutsche Bank, au niveau mondial, les emprunts publics représentaient en 2014 l’équivalent de 75 % du PIB et les emprunts des banques 78 %. Les premiers font l’objet de nombreux débats mais pas les seconds et on se demande bien pourquoi. Avec leurs 5 000 milliards d’endettement, les institutions financières françaises sont plus endettées que les allemandes (4 800 milliards) et bien plus que les espagnoles (2 300 milliards). Il faut aller du côté du premier centre financier européen et mondial, le Royaume-Uni, pour monter plus haut (8 750 milliards).

Pour BNP Paribas, le capital ne représente que 4,5 % de ses ressources et les emprunts 12 fois plus !

Or l’endettement des institutions financières, lorsqu’il est trop important, pose des problèmes autrement plus sérieux que celui des Etats. Les banques se financent en gros par trois grandes sources : leur capital (les fonds propres) est ce qui permet d’éponger les pertes en cas de problème, les dépôts des clients, qui restent tant qu’ils ont confiance et les emprunts auprès des investisseurs, des autres institutions financières et des banques centrales.

Pour une banque comme BNP Paribas, dont la taille du bilan est aussi grosse que toute l’économie française réunie, le capital ne représente que 4,5 % de ses ressources et les emprunts environ 12 fois plus ! Autant dire que nos banques sont ouvertes aux courants d’air de l’humeur de leurs créditeurs et qu’il est facile d’attraper un rhume, voire de tomber rapidement malade, en cas de début de perte de confiance. Une structure de financement complètement déséquilibrée pour des institutions privées à qui l’on a délégué un bien public, celui de la création monétaire nécessaire au fonctionnement de nos économies.

La dette n’est pas un mal en soi : sans crédits, pas de capitalisme moderne. La dette des Etats n’est pas un mal en soi : la seule contrainte est qu’elle soit maîtrisée et en Europe, à part en Grèce, elle l’est. La dette des banques n’est pas un mal en soi : mais quand elle prend trop de place et le capital pas assez, elle fragilise les systèmes bancaires et les économies. On en est là.
Christian Chavagneux

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