Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Le blog de Pierre Laporte

Blog politique d'informations et d'échanges d'un élu conseiller départemental et maire-adjoint de Tremblay en France en Seine St Denis. Blog basé sur la démocratie participative. Chantier ouvert sur l'avenir de la Gauche.

Adresse de Gilles Garnier aux élus socialistes à l'occasion de sa dernière séance

Publié le 16 Février 2015 par Pierre Laporte

... et je veux le dire à mes chers camarades socialistes : une nouvelle fois, j'y ai cru et voilà, je crains que vous ayez décidé de nous faire comprendre que le changement du monde et le changement de vie ne sont pas encore à l'ordre du jour.

Ce que je vous reproche, c’est qu’après cette dernière victoire, vous avez un peu trop vite, me semble-t-il -je le dis avec tous mes mots- changé de logiciel, pour être prétendument plus modernes, plus efficaces, plus adaptés à la société qui nous entoure.

Cette désespérance qui s'est installée a gravement, profondément -et j'espère pas irrémédiablement- instauré un divorce entre nous et le peuple qui nous a fait confiance.

Je vous en veux un peu parce que ce n'est pas le langage du courage que j'entends, mais celui du renoncement, et j'ai aussi parfois entendu des mots et des idées recyclés de droite, et je pense que le langage a son importance. C'est vrai que je me suis fâché récemment contre un propos de Laurent Fabius par rapport au Charles de Gaulle Express parce que je trouvais que ce mot de "laideur" du 93 ne devait pas être prononce mais surtout, pensé, ce qui est le cas.

On ne doit et on ne peut jamais mépriser ceux qui nous font "rois". C'est vrai, peut-être que certains d’entre vous, mes cousins, vont trouver que mon discours est un peu trop violent, ceux pour qui les virages en politique ne sont que des figures géométriques. Eh bien non, les virages, ce sont parfois des renoncements et je souhaite qu'il y en ait le moins possible

En tant qu’homme de gauche, j’ai parfois été déçu, je l’ai dit, mais en tant qu'élu, que dire ? Il est vrai que vous m'avez laissé pantois. Je vous ai entendu fortement, vivement, vigoureusement, critiquer la réforme territoriale de Sarkozy, mais qu'a-t-on voté ? La loi électorale la plus stupide du monde.

Si on voulait vraiment la parité, ce que je souhaite -je veux des assemblées paritaires partout-, que n'a-t-on proposé la proportionnelle ? On a cru une nouvelle fois que les règles du jeu favoriseraient le système du plus gros, mais le système électoral français est fait ainsi : on peut, ou tout perdre, ou tout gagner. Même la possibilité de mixer nos listes de deuxième tour vous l'avez refusé et maintenant, pris de panique, vous venez nous voir pour fusionner dés le premier tour..., pour sauver vos "soldats"... 

Tout ceci, ce n'est pas faute de vous avoir mis en garde, et lorsque nous étions plus proches -ce qui nous est arrivé par le passé-, nous avons toujours considéré que les élections au Conseil général étaient un baromètre nécessaire pour mesurer notre influence réciproque. 

Lorsque Florence vous avait posé la question au cours d’une des séances, on lui a répondu : « Avec la proportionnelle, si les élections avaient lieu aujourd'hui, le Parti socialiste aurait 25 ou 26 élus, le Front de gauche, 6 ou 7, la droite, 7 ou 8 et le FN, 1 ou 2 ». Vpous voyez bien que ce n'est pas la démocratie votre baromètre... Ce sont les calculs, l’intrigue.

Mais ce n'est pas en cassant le thermomètre qu'on fait baisser la température.

Je sais que comme en 87, on va peut-être entendre de nouveau les slogans: "Au secours, la droite revient", cette fois-ci on peut rajouter : "Au secours, l’extrême droite arrive". Mais à jouer avec le feu pour sauver les meubles, on prends des risques...

Mais il faut toujours s’interroger. Pourquoi cet abandon de l’électorat populaire à votre égard et parfois aussi au nôtre ? Depuis 1981, ce n’est pas la droite qui gagne, c’est la gauche qui perd.

On retiendra toujours dans l’histoire du Front populaire la semaine de 40 heures, les congés payés, le programme du CNR, la sécu, les nationalisations... de la période Mitterrand (du moins la première), les lois Auroux, la 5e semaine, l’abandon de la peine de mort ; de Jospin : les emplois-jeunes, les 35 heures mais qu’est-ce que l’on va retenir du règne Hollande ?

Comme l’écrivait Pascal : "Je continue de croire au paradis car je sais qu’il a existé" et je crois encore à la gauche malgré ses reniements et ses échecs répétés parce qu’elle entretient la flamme d’un monde meilleur. Mais il ne faut pas passer par la génuflexion devant l’entreprise 

car on laisse un mauvais souvenir à celles et ceux qui nous ont élus.

En tant qu’élu, j’ai tout entendu. On nous a à la fois rétabli puis supprimé la compétence générale qui, pour moi et mes camarades, reste consubstantiellement attachée à notion de détenteur d’une part de souveraineté populaire que je croyais inaliénable et vous l’avez aliéné.

C’est vous qui avez abîmé, 30 ans après Defferre, le pacte de confiance entre la République et les élus locaux. C'est vous qui décentralisiez et c’est vous qui êtes désormais obsédés par la compétition entre métropoles... Mais la compétition pour qui, pour quoi ?

Si nous étions amenés à perdre, en mars, ce que je ne peux et ne veux imaginer, à qui laisserions-nous la boutique ? C’est cela qui est important. Je pense tout de même que les élus de droite que j’ai connus, je pense à M. Dalier, M. Pernes, M. Toro, M. Capo-Cannela, avaient une vision du Département et là quand j’entends que Michel s’en va, je m’inquiète. J’espère que ceux qui restent auront finiront par avoir une vision départementale et non cette défense un peu étroite de leur canton que j’ai sentie assez souvent dans cette assemblée. Et je le regrette. 

Je fais une exception pour les femmes de votre groupe, messieurs de droite, j’en connais quelques-unes que je considérerai toujours comme égarées sur vos bancs, je n’irai pas plus loin car elles se reconnaîtront ! Alors oui je vous quitte et je souhaite pourtant, mesdames et messieurs de droite, que vous soyez battus et bien battus, parce que cette Seine-Saint-Denis n’a pas besoin de vos mauvaises recettes.

Regardez-vous bien, regardons-nous tous bien, et pensons à ce que nous allons faire et dire d’ici à 2017. Si la bête immonde sort du ventre fécond de la grande blonde, réfléchissez aujourd’hui à ce que vous serez capables d’accepter ou à quoi nous renoncerions. Je sais qu’il y aura du courage, ici à droite comme à gauche, mais combien accepteront de petites compromissions ?

On a entendu des choses très laides sur les chômeurs depuis 10 ans, on a stigmatisé cette jeunesse depuis plusieurs années, c’est cela malheureusement que vous avez réussi à recycler. Alors ma critique, mon engagement n’est pas émoussé, je continuerai de mener mon combat là où je suis au conseil municipal de Noisy-le-Sec mais sachez que je mettrai toute ma force et mon courage pour que le canton de Bobigny-Noisy soit représenté par Pascale Labbé et Abdel Sadi. Leur engagement est identique au mien. Il est du côté du peuple de la Seine-Saint-Denis, des sans-grades, même si aujourd’hui le niveau de conscience est bien bas puisque certains ont passé leur temps à vider les têtes ou à souhaiter les vider même si au plus profond des crises, ce ne sont pas forcément les idées les plus révolutionnaires qui avancent, même si progresse l’individualisme et la peste brune et même si certains pensent naïvement que l’extrême droite a changé, elle ne change jamais.

Je resterai ici, pas loin, et, que la gauche gagne, ce que je souhaite, que mes camarades y soient majoritaires, ce que je ne peux qu’espérer, que la droite n’ait pas ce département. Je serai votre mauvaise conscience, je serai l’un de ceux qui vous rappellerai vos engagements et vos promesses.

Quand certains ou certaines d’entre nous ont un coup de blues, pensez au dernier couplet des Canuts, je pense que cela vous remontera le moral. Tant qu’il y aura un exploité sur cette terre, je pense qu’il y aura nécessité d’un mouvement communiste. J’ai confiance en vous et je dis à mes camarades qui se représentent : allez-y, gagnez montrez-leur que l’histoire n’est jamais écrite. Je sais bien que nous communistes n’avons pas le monopole de l’espoir, nous sommes prêts à partager comme toujours mais alors montrons-nous tous dignes de la population qui nous a élus, celle qui se lève à 5 heures pour nettoyer nos bureaux, pour réparer nos routes, ou garder nos enfants. Pas celle devant laquelle certains continuent de faire des courbettes, devant les dirigeants d’entreprise qui, vous le savez, quels que soient les gages que vous leur donnerez ne voteront jamais pour nous.

Finalement, l'histoire se répète et désormais alors que certains ont laissé tomber le drapeau de l’espoir dans la fange, c’est à nous de le relever. C’est nous qui gardons désormais la vieille maison. La gauche n’est pas morte même si certains en ont abîmé le sens.

J’ai confiance. On ne peut pas tuer l'espoir, on ne peut jeter à l’encan les siècles de lutte et de victoire toujours trop brèves tant certains que le monde leur appartient comme le patrimoine.

Je vous remercie pour votre écoute, je ne vous embêterai plus. Si j’ai pu en blesser certains par le discours que je viens de prononcer et si j’ai été peu disert sur mes propres erreurs, c’est que je sais que vous le ferez bien mieux que moi puisque comme communiste je suis redevable de toutes les erreurs des miens depuis 1917 et avant...  Si cela pouvait être la même chose pour nous tous et toutes autour de cette table !
 

Cordialement: Gilles Garnier

L'intégralité de l'intervention de mon ami et camarade Gilles Garnier.

Commenter cet article