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Le blog de Pierre Laporte

Blog politique d'informations et d'échanges d'un élu conseiller départemental et maire-adjoint de Tremblay en France en Seine St Denis. Blog basé sur la démocratie participative. Chantier ouvert sur l'avenir de la Gauche.

Dans Regards, le discours de Jean Luc Melenchon après les événements

Publié le 14 Janvier 2015 par Pierre Laporte

Mélenchon : Lumières sur les événements

Hier soir à Paris, Jean-Luc Mélenchon a proposé son éclairage sur le sens des événements récents. Les spectateurs d’un théâtre Déjazet plein ont écouté sa conférence intitulée "Laïcité et Paix civile". Restitution de cette pédagogie au parfum des Lumières.

Au lendemain de journées dramatiques, vécues pour nombre d’entre nous comme un jour sans fin, puis d’une grande journée de mobilisation populaire dont il veut croire qu’elle avait d’abord un « sens politique » –, Jean-Luc Mélenchon tenait, hier soir, une conférence au Théâtre Dejazet. Bien sûr, l’émotion était là, palpable. Mais le succès de cette réunion (une salle remplie, une vidéotransmission en direct, qui devait dépasser les 3.000 spectateurs en fin de soirée) témoignait aussi d’une demande de compréhension. D’intelligibilité.

Comment s’expliquer, à soi-même et aux autres, ce qui vient de nous arriver ? Le goût de Jean-Luc Mélenchon pour la pédagogie ne pouvait manquer de le conduire à vouloir se monter digne de l’événement, « à sa hauteur » comme ne cessera de le proclamer l’orateur du Front de Gauche : dire les mots du cœur, bien sûr, mais les mots de l’intelligence aussi, rebelle à toute explication démagogique.

« Plus grand le défi »

Les mots du cœur, d’abord. Reprenant à son compte un rituel militant sud-américain (mais on aurait aussi bien pu penser au kaddish juif) Jean-Luc Mélenchon a égrené les noms de chaque victime, énumération à laquelle la salle répondait debout, à chaque évocation funèbre, par un sonore : « présent ». Manière de deuil bien sûr, manière de réaffirmer le souvenir et la présence fantomatique de chaque victime, mais sans écraser sa singularité sous le poids indistinct de catégories aussi générales et confuses que celles de "journalistes" ou d’"otages", comme l’ont fait, malencontreusement, certains médias. Non, il y avait là des dessinateurs, des caricaturistes, des économistes aussi, de simples employés, des policiers, des Juifs de France, enfin. Et d’abord des personnes singulières, des personnes uniques, toujours.

Les mots de l’intelligence, ensuite. Pour Jean-Luc Mélenchon, il ne pouvait être question que d’aller, sans hésiter, au cœur du problème : la « liberté d’expression ». Liberté d’expression mortellement touchée, mais qui, en ces circonstances tragiques, peut, doit encore, plus que jamais, constituer notre ressource ultime. « Plus grand le défi », plus manifeste doit être la liberté de tout un peuple : la liberté de s’exprimer, la liberté d’occuper la rue, toute une ville. Dès lors, déclarait Jean-Luc Mélenchon, c’était bien un peuple tout entier qui se réappropriait sa liberté, une liberté si essentiellement politique que le sens ne saurait en être confisqué par des partis quels qu’ils soient, seraient-ils même des composantes du Front de gauche.

Et moins encore par des dirigeants internationaux ou leurs représentants. Dirigeants internationaux dont Jean-Luc Mélenchon, non sans une ironie cruelle pour la mise en scène médiatique de leur prétendu courage, ne manqua pas de relever, de railler le caractère pour le moins burlesque. Un carré de puissants, regroupés dans un entre-soi, mais barricadés derrière des protections policières, quand tout un peuple aux mains nues se levait, et s’exposait à la menace terroriste. Terroriste ? Non, car Jean-Luc Mélenchon, se refusant à la facilité de mots dont le sens est trop flou, voulait ce soir là nommer les choses par leur nom : « Des assassins, des meurtriers », une forme de « crime politique organisé » dirigé contre la liberté, et que le voile de mots équivoques ne devait surtout pas venir recouvrir.

Que la France continue d’incarner une espérance

Surtout si, auprès de dirigeants qui prétendaient se réapproprier le sens de cette manifestation, on devait trouver à leurs côtés, comme ce fut malheureusement le cas, autant de criminels d’État : « Ce n’est pas parce que monsieur Orban manifestait dans Paris, qu’il nous fera oublier que le principal obstacle à la liberté, c’est lui. » Et Jean-Luc Mélenchon de dénoncer, également, la présence de représentants des monarchies du Golfe – tout comme celle de Benjamin Netanyahu. Sans doute ce dernier pouvait-il prétexter venir rendre hommage aux victimes juives.

Mais, au-delà même de la considération de ses seuls intérêts électoraux, ou de ses appels pressants à rejoindre Israël, Netanyahu attentait rien moins selon Jean-Luc Mélenchon, qu’au désir profond des Juifs de France : que la France, pour reprendre le mot du Grand Rabbin de France, continue d’incarner une « espérance ». Une espérance qui, pour Jean-Luc Mélenchon, s’était évidemment levée avec la Révolution française : la promesse d’être pour la première fois affranchis, en Europe, du statut de sous-citoyens, d’être traités, dans leur personne comme dans l’exercice de leur culte, selon le seul régime du droit commun. C’est-à-dire rien moins que la laïcité dans son sens le plus strict et le plus rigoureux.

Indissociablement, comment pourrait-on, dès lors, vouloir céder sur le droit commun, la loi commune, l’État de droit ? Car enfin, rappelait Jean-Luc Mélenchon, nul n’a vu, ce dimanche, un citoyen manifester en faveur d’un Patriot Act à la française, désigner un « ennemi », lui déclarer la guerre, réclamer un État d’exception, une suspension du droit commun à seule fin de l’anéantir définitivement. Et comment pourrait-il en aller ainsi, d’ailleurs, sauf à brouiller le sens des mots et des choses mêmes puisque, qu’on le veuille ou non, c’étaient bien, en ces jours terribles, des Français qui avaient assassiné, de sang-froid, d’autres Français.

Penser ensemble laïcité et paix civile

Faudra-il alors parler d’ « ennemi intérieur », comme on l’entendit ici ou là, c’est-à-dire rien moins que déclarer, ou du moins appeler, implicitement, la venue d’une « guerre civile » ? « Les mots sont importants », rappelait Jean-Luc Mélenchon, car, dans la bouche de journalistes, a fortiori de politiques qui prétendent à une certaine responsabilité (et plus encore dans la bouche d’intellectuels dont ce devrait être le premier souci, nous confiera-t-il plus tard), ils ont bien sûr un effet d’autorité, sinon même un pouvoir de décision, que nul, même le matérialiste le plus endurci, ne saurait nier.

Objecterait-on que ces Français, qui venaient d’en assassiner d’autres, avaient pour spécificité d’être des musulmans, ou, précaution toute oratoire, appartenaient à la frange radicale du djihadisme, le problème resterait entier. Désigner une appartenance religieuse à une supposée vindicte populaire reviendrait rien moins, de fait, qu’à rétablir la funeste « loi des suspects ». Position retorse, perverse en vérité, que n’hésitent pourtant pas à adopter des idéologues qui, à la suite de François Furet, ne cessent de dénoncer l’héritage de la Grande Révolution – mais qui, dans le même temps, oublient de respecter l’un des acquis les plus fondamentaux de la Révolution française : le respect du culte et des personnes. Quand il faut, au contraire, penser ensemble laïcité et paix civile.

Mais c’est sans doute, rappelait hier Jean-Luc Mélenchon, qu’on ne peut séparer ces discours et ces mots de guerre de leur inscription dans un contexte géopolitique plus large, soit la stratégie de tension entretenue par la théorie du choc des civilisations. Théorie énoncée depuis 1996 par Samuel Huttington, et qui, pour l’Occident, à peine l’Union soviétique disparue, lui désigna un nouvel ennemi à abattre : l’islam. Or c’est bien sûr dans ce cadre intellectuel d’un conflit, fondamental et inévitable, entre l’Occident et l’Islam, que prennent sens ces appels à la guerre civile, puisque « la diversité est maintenant dans chaque pays ». Diversité que, sauf à nier que toute civilisation ne s’est jamais constituée qu’au contact, au voisinage d’autres civilisations, lesquels ont donné lieu à autant de commerces, d’échanges, de greffes, d’hybridations, on ne saurait réduire sans proclamer la guerre civile.

Conjurer la course à l’abîme

Bien plus, c’est une faute intellectuelle et politique, pour Jean-Luc Mélenchon, que d’affirmer que la France est une civilisation occidentale quand, d’une part, sa civilisation ne devrait rien à une référence à une couleur de peau, une religion « ni même une langue » (puisque la langue française, sauf à être fétichisée, est parlée hors de France). Quand, d’autre part, l’Occident ne signifie rien qu’une fiction, une « construction intellectuelle et essentialiste », sauf à désigner, concrètement, un système d’alliances militaires, l’Otan dont le fondateur du Parti de Gauche appelait, hier plus que jamais, à sortir.

Pour des raisons de principe mais, également et non moins, pour des raisons pratiques. Et en effet, qui en disconviendrait sauf à mentir une fois encore au public ; cette stratégie a déjà lamentablement, et dramatiquement montré ses limites en Irak comme en Afghanistan. Quand elles n’ont pas conduit à des atrocités comme le rétablissement de la torture. Nous pouvons, nous devons donc « résister aux aveuglements et emportements » de tous ceux qui déjà entendent, partout en Europe, nous conduire à une nouvelle course à l’abîme. Il nous faudrait, au contraire renouer avec le fil des Lumières, de cette lente, profonde histoire qui a façonné l’Europe et la France, dans une rupture révolutionnaire avec la confusion du théologique et du politique.

Car c’est cette séparation entre religion et politique qui constituerait, selon Jean-Luc Mélenchon, notre bien le plus précieux. Mais avec lequel, en France comme en Europe, nous aurions encore à nous mettre en conformité puisqu’en Allemagne, en Autriche, en Italie pour ne citer que ces exemples, mais aussi bien France (par exemple en Alsace, en vertu du droit concordataire), le droit au blasphème n’est pas toujours pas reconnu. Comment prétendre, oser même alors enjoindre à d’autres pays, civilisations, de respecter ce droit, quand l’Europe, la France ne sont pas en cohérence avec elles-mêmes ?

Ou bien la liberté d’expression et de conscience sont universelles, ou bien elles ne sont rien. Et elles le seront d’autant moins qu’elles n’accorderont pas à chaque individu, dans sa singularité, le « droit d’être soi-même », c’est-à-dire de ne répondre d’autre loi que celle qu’il entend se donner à lui-même – qu’il s’agisse de disposer librement de sa conscience, de son corps, ou encore de sa fin de vie. C’est dire que pour Jean-Luc Mélenchon, hier, il importait d’affirmer un lien indissociable entre « la liberté de conscience et la splendeur d’être un individu ». « L’individu est l’ami de la démocratie », proclamait hier soir l’ancien leader du Parti de gauche. L’on comprend mieux dès lors que, s’il ait évidemment tenu à célébrer hier la ferveur populaire qui animait la manifestation de ce dimanche, il ait d’abord tenu à rendre hommage à chaque victime dans sa singularité. Car chaque individu dans son unicité, disait lundi soir Jean-Luc Mélenchon, reste « irremplaçable ».

http://www.regards.fr/web/article/melenchon-lumieres-sur-les

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